proloɢυe

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Je m'appelle Dylan, j'ai dix-neuf ans, et en réalité, je suis déjà à court d'arguments sur ma vie. Okay, je suis défaitiste, je veux bien l'admettre. L'avantage est que je ne me fais jamais avoir, l'inconvénient, je n'ai jamais de surprise non plus. Pourtant, je crois qu'on a tous besoin d'une part de magie en nous. En ce qui me concerne, je me croit tout simplement désenchantée.
Je ne suis pas populaire, mais j'ai beaucoup d'amis, je les apprécie, et ils me le rendent bien. Enfin... Disons que je chante dans un groupe parfois. Je n'en fais pas vraiment parti, je pose juste ma voix à l'occasion, c'est tout. Mais ça a suffit pour m'attirer une certaine notoriété, surtout pendant ma dernière année de lycée, là où ça à démarré... Quoi qu'il en soit, aujourd'hui, dans l'anonymat de mon immense fac, je ne suis personne, et ça me convient.
Dylan... mon nom. J'en savoure souvent la consonance, narcissique hein ? Le fait est que c'est un prénom plutôt cool, pour qui ne vit pas dans un ex pays celtique comme la Bretagne. Parce que ici, Dylan c'est un prénom de mec. Donc, c'est le flop... « Tes parents voulaient un garçon ? »... Non, ma mère est américaine, c'est tout. Fuck !
Cela dit, je ne parle pas l'anglais. Je le chante, certes très bien parait-il, mais je n'ai jamais réussi à me contraindre à sa grammaire... Je suis un électron libre, la contrainte et moi...
Dernière chose, j'aurais voulu être blonde aux yeux bleus et avoir tous les mecs à mes pieds, mais je suis châtain aux yeux sombres, et ils ne me regardent que loin. Je ne m'en plaint pas (j'essaye), j'ai des études, ça me prend tout mon temps.

Je me relis et grimace, en réalité ceci était la première page d'un journal intime auquel j'ai voulu m'essayer. Tentative avortée.






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ѕυιтe dαɴѕ 25 coмѕ.


# Posté le vendredi 09 octobre 2009 11:10

Modifié le lundi 26 octobre 2009 12:14

cнαpιтre 1

cнαpιтre 1
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Tout en quittant mon lit, je jette un dernier regard sur la couverture customisée du petit cahier entre mes mains. Je fronce les sourcils puis l'abandonne définitivement sans une once de remords sur un coin de mon bureau. A mon sens, je venais d'échapper à une belle perte de temps. Quel bol !
Il était 13h20, et attrapant mon sac dans l'entrée, je quittais l'appartement pour me rendre à mon prochain cour. Je vivais à dix minutes de ma fac, mais n'étais jamais en avance... Dans le hall, je croisais furtivement ma colloc', Rachel. Le temps d'une bise et d'un cris hystérique dans un tourbillon de boucles blondes, et elle avait disparut. Elle était comme ça Rachel, excessive et toujours à cent à l'heure. D'ailleurs, elle et moi on avait beau vivre ensemble depuis bientôt trois mois, on ne faisait que se croiser. Elle était en histoire de l'art, moi en droit. Incompatibilité fracassante.
L'appart' était sympa, tout dans les tons blanc et argent, baroque un peu. C'était l'appart' de Rachel, sa touche, et moi, ça me convenait. Je ne bronchais à aucun de ses revirements décos, consciente de ce besoin qu'elle avait d'exprimer sa créativité. Nos toilettes par exemple étaient devenues l'Égypte, fresque des pyramides de Khéops, sable mandarin sur le sol, ensent d'ambiance et papier toilette rappelant les papyrus, sans oublier notre curieuse lunette de toilette hyéroglyphée... Créativité sans borne, donc. Sauf pour ma chambre, là, WARNING ! Ma chambre c'était moi, et moi seule. Je n'étais pas totalement dépourvue de sens déco non plus... Du moins j'aimais le penser. En définitive, l'appart' changeait d'apparence tout les mois, je n'avais qu'a dire si j'aimais ou pas. Dans le fond, c'était fun.
Pourtant, les weekends, je préférais plier bagages et retourner chez mes parents, plus près de mes amis... il fallait bien faire tourner un peu la voiture. Et puis Rachel était une fêtarde doublée d'une nymphomane. Je fermais ma chambre à clef et préférais ne pas imaginer ce qu'il advenait de l'appart' pendant les fins de semaines.
Au fond, cette vie d'étudiante, je ne faisais que la traverser sans vraiment m'y intégrer. Il n'y avait qu'a voire mon look de lycéenne fraichement débarquée. Sac à dos, boot cut et blouson en cuir au royaume des sac à mains, tuniques cashmere et impers de créateurs... Forcément, on me regardais un peu de travers. C'était si pathétique et puéril, moi qui suis du genre impulsive et directe, autant dire que je passais déjà pour la rageuse de service. Pour autant, j'étais plutôt satisfaite de mon self contrôle ! Mais j'exagère, mais échanges glaciaux ne concernaient que trois filles tout au plus, et nous étions tellement nombreux... Six-cent dans ma promo, l'anonymat assuré.
Je ne sais toujours pas pourquoi je me suis engagée dans cette voie, c'est passionnant, okay, mais fastidieux et ardu au point de me supprimer tous mes loisirs... Le nombre de séries t.v que j'ai du abandonner... Paye ton loisir. Je ne passais pas ma vie devant la télé, mais bon, frustrant quand même de devoir réorganiser sa vie autour de ses études. Tout le monde trouve ça normal, moi, je le vois comme une contrainte à vaincre. Parce que ce n'est plus une vie, voilà, je ne vivais plus !
Les talons de mes boots résonnent dans la ruelle déserte que j'emprunte. C'est un raccourcis que je prends tout les jours, et pourtant je le déteste. J'ai toujours cette drôle de sensation, celle d'un danger, d'une oppression... ça me retourne les tripes à chaque fois. Des fois, je me dis que je suis dingue. C'est la fac, tout le monde est timbré là-bas.
Trois rues plus loin, j'aperçois la façade émergente de ma fac. De loin, on dirais un peu le Titanic ou le Queen Mary même. Les architectes ont trouvé ça original, moi je trouve ça déprimant.
Mon portable me rappelle sa présence dans ma poches quelques mètres avant l'entrée de la proue, super, j'ai une chanson à écrire pour le weekend prochain... Je grimace et l'éteint. J'avais toujours peur qu'il ne sonne dans l'amphi, moins j'attirais l'attention, mieux je me portais. Tout en pénétrant dans le hall de gare foisonnant qu'était le hall de ma fac, je commençais déjà à penser à la chanson... C'était idiot bien sûr, je n'avais aucune idée de la musique qu'on me proposais. Kimphee, c'était le groupe qui « m'hébergeais » de temps à autre. Je chantais et j'écrivais pour eux de façon occasionnelle. La plus part du temps je recevait un sms comme aujourd'hui m'annonçant qu'une chanson attendait mon jugement et mes mots s'il en est. Rien que de penser au fichier sur ma boîte mail, ma mauvaise humeur grimpa d'un cran. J'adorais écouter leurs instrus et laisser mon esprit farfelu divaguer au rythme des notes. Et ils jouaient large, tristes, entraînants, doux ou plus hardes, leurs morceaux éveillaient toujours quelque chose en moi même si je n'avais pas toujours de paroles en retours. Je n'avais pas beaucoup de temps, mais pour eux, je me forçais toujours.
Kimphee, c'était une fille et trois garçons. Kim, Philippe, Eliot et Etan. Kim qui en fait, j'avais mis pas mal de temps à le comprendre, s'appelait Michaëla... Il fallait suivre : Michaëla, Mick, et à l'envers, Kim. Si j'avais fait parti du groupe, il se serait appelé Kimpheed. Heureusement que je restais marginale ! Là où ils avaient besoin de moi, outre mes textes, c'était ma voix. Kim avait fumé dans sa période « collège-rebelle », son timbre avait donc quelque chose de grave qui était certes, magnifique à entendre, mais selon eux pas assez « vibrant » pour... Quoi ? Faire pleurer les gens ? C'était pas trop ce que je faisais non plus... Quoi qu'il en soit, nos deux voix mêlée étaient indescriptibles... Pourtant, je ne pense pas savoir chanter, je sais être plus douce que kim, et tout aussi grave, mais j'ai plutôt l'impression de faire du mi-voix, et je pousse rarement au-dessus d'elle. Quand j'écoute les morceaux, j'entends deux voix, deux filles, Kim, et une autre. Je ne reconnais pas ma voix, mais je ne peux pas nier que c'est moi. Ça les fait bien marrer tous les trois, une fille étrangère à sa voix... J'avoue, je suis trop bizarre. J'aime le chant, mais la scène me tords les boyaux à chaque fois, le public je m'efforce de ne pas le voir, sinon, je ne sais pas ce qui se passerais. Il faut que je sois sans cesse ailleurs, surtout pas dans ce monde dès que je suis face au micro.
Mais pour l'heure fini l'évasion musicale, bonjours la tronche de cake de ma prof de droit général. Mes pas m'ont guidés mécaniquement dans l'amphi 6, la routine m'est désagréable, de même que Vesper se précipitant sur le siège voisin au mien.
Vesper, c'est encore une originale que je côtoie un peu malgré moi. Le premier jour elle a dévalé les vingt grandes marches de l'amphi 2 comme un boulet de canon. Assise au premier rang, j'ai été la seule à la relever. Depuis, dès que je suis seule, elle se fait un devoir de me tenir compagnie. C'est une petite brune aux boucles désordonnées et aux binocles monstrueuses. Elle est tout le temps malade et s'empourpre pour un rien tant elle est timide... Je crois que j'ai un peu pitié d'elle, et je m'en veux de cette empathie, elle semble très heureuse, alors pourquoi me crois-je mieux qu'elle ? Son prénom est abominable, sa mère est prof de littérature, ça explique un peu... Je l'appelle donc Vé, elle est suffisamment zarb' comme ça sans que tout le monde soit au courant de son étrange prénom. Là où elle n'est pas cool, c'est que Vesper adule mon prénom, et étrangère au tact que j'ai de ne jamais la héler en public, il ne se passe pas un jour sans qu'elle hurle « Dyyylaaaannn !!! » dans un couloir, un amphi, la cafet'... Inévitablement, trois ou quatre garçons du même nom se retournent... Elle fond sur moi, et les regards évocateurs fusent. « Elle s'appelle Dylan ?! ». Je soupire, elle commence à me parler à toute vitesse de sa pause de midi, la seule de la semaine que je ne partage pas avec elle car je n'ai pas cours le matin... Je ne l'écoute pas. Elle est gentille, mais... A titre d'exemple, elle dis que je suis « comme » Hannah Montana. Fille ordinaire le jour, et chanteuse la nuit... J'ai une vague idée de ce qu'est « Hannah Montana », et je suis certaine de détester ça ! On est à la fac ! Pas en sixième ! Si elle ne disais pas ça avec autant d'innocence, je crois bien que je la rejetterais du haut des marches de l'amphi, histoire que ça devienne une habitude...





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Hook me Up - {Raccorde-moi}

J'en ai assez de ma vie,
Je me sens tellement entre les deux,
J'en ai marre de tous mes amis,
Les filles peuvent être tellement méchantes...
J'ai l'impression de jeter tout ce que je porte,
Prenant un nouveau départ,
Car je ne suis même pas là.

Parfois,
Je veux m'en aller quelque part,
Mais je ne veux pas rester longtemps,
Parfois,
Je veux un nouveau jour,
Essayant de m'intégrer où je n'ai pas ma place.

Raccorde, raccorde moi !
Je veux sentir la pluie sur mes cheveux,
Raccorde, raccorde moi !
Où nous devrions aller ?
Je m'en moque !
N'importe où, ça me va.
Raccorde-moi !
Raccorde-moi !

J'aime les lumières éteintes,
Le bruit des portes qui se ferment,
Je ne suis pas comme les autres filles,
Qui se sentent toujours tellement sûres d'elles,
De ce qu'elles seront.
Parfois je suis une fille coincée,
En moi...
En moi...

Parfois,
Je veux disparaître quelque part,
Mais je ne veux pas rester longtemps.
Parfois,
Je me sens tellement seule.
J'essaye de m'intégrer où je n'ai pas ma place.

[Refrain]

Il vont se crasher et brûler,
Je vais trouver un chemin.
Je n'ai plus rien à dire.


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ѕυιтe dαɴѕ 30 coмѕ

# Posté le samedi 10 octobre 2009 13:32

Modifié le lundi 26 octobre 2009 12:15

cнαpιтre 2

cнαpιтre 2
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Le volume de la télé poussé à fond me réveille. Dans un premier temps, je sursaute, m'aperçois qu'il fait jour, et sent mon c½ur passer la cinquième dans ma poitrine. Merde ! Merde ! Merde ! Je me redresse et me rend compte que je ne suis pas dans mon lit mais à mon bureau, j'arrache une feuille collée à ma joue et me jette en arrière, manquant de basculer sur ma chaise. La pendule de ma chambre annonce 11h20, c'est la cata !
Hystérique, j'ouvre la porte de ma chambre à la volée et me rue dans le couloir, Rachel est en train de jouer au « toutou-youtou » devant la télévision, jusqu'à aujourd'hui j'ignorais qu'elle faisait du fitness. Mais qu'est-ce que j'en ai à foutre ? Je suis en retard !!! Fonçant dans la salle de bain, je prend quand même le temps de lui hurler :
-TU AURAIS PU ME REVEILLER !!! Et claque la porte. La barbe ! Je déteste être à la bourre, ça m'énerve, et quand je suis énervée, il me faut quelqu'un sur qui passer mes nerf, même si c'est ma colloc'. J'ai des lignes tatouées à l'encre sur ma joue et des yeux de panda, grand classique. Je jette mon visage sous le lavabo et l'asperge d'eau froide, brrr ! Je ne me lave plus la figure à l'eau chaude depuis que j'ai lus quelque part que l'eau froide diminue l'apparition des rides, j'ai que dix-neuf ans et alors ? On en reparlera à quarante !
D'un geste vif j'attache mes longs cheveux un peu n'importe comment sur ma tête et m'asperge les yeux de parfum. Je ne sais pas pourquoi, dans la précipitation, ça m'arrive toujours ! Les yeux brulants, je ressort dans le couloir et regagne ma chambre, je garde mes vêtements de la veille, tant pis. Alors que je fourre avec colère mes cours en vrac dans mon sac, Rachel passe la porte de ma chambre en tenue légère, elle me regarde avec des yeux ronds, je la fusille du regard.
-Je ne savais pas que tu étais la... Il fallait te réveiller ? Me demande t'elle avec son habituelle voix de... De je sais pas !
-OUI ! OUIOUIOUIOUI ET ENCORE OUI ! TU SAIS COMBIEN DE NOTES JE PRENDS A L'HEURE ? J'étouffe un cris de rage.
-Où ça ?
-Tu le fais exprès ? Dis-je avec ce fameux « calme avant la tempête ».
-Euh... Hé bien on est samedi, donc je me demande bien de qu'elles notes tu parles... Là, c'est le moment où ma mâchoire se décroche et tombe sur la moquette. J'ai l'air con, et je suis con.
-Samedi ? Répétai-je, essayant de mettre de l'ordre dans mon cerveau.
-Samedi.
-Ah...
-Erreur de timing on va dire. Elle sourit et me tapote gentiment le sommet crâne. Je ne vois que ses boucles blondes que je jalouse en secret. La pression retombe d'un coup.
-Désolée...
-Ça arrive... Faut bien que vous pétiez une durite de temps en temps les juristes, avec tout ce que vous bossez... Son rire la suit dans le couloir et se perd avec le son de la t.v. S'il y a une chose que je hais encore plus que d'être en retard, c'est de me tromper de jour. En plus d'être énervant, c'est humiliant. Avec un soupir exaspéré, je me laisse aller contre mon lit et finit par choir sur la moquette. A l'envers, je vois le fouillis de mon bureau, et me rappelle alors les paroles sur lesquelles je travaillais hier... Je me frappe le front du plat de la main, pas cours aujourd'hui : concert !

D'habitude je quitte l'appartement le vendredi soir après les cours, et en général Rachel va directement de la fac à une quelconque soirée étudiante, voilà pourquoi elle ne s'attendait pas à me voir ce matin, a vrai dire, elle ne s'était même pas aperçue que ma voiture était toujours devant l'immeuble... Quant à mes parents, je fus assez surprise de constater que je n'avais aucun message sur mon répondeur vocal, pas même un sms sur mon portable. Parfois je me dis, que si je disparaissais, personne ne s'en rendrait compte avant un bon bout de temps. Mais après tout je suis majeure et vaccinée, et je vis, je cite : « les plus belles années de ma vie » selon ma prof de droit consti... qu'il m'arrive régulièrement de croiser en boîte... Je suppose que tout le monde s'attend plus ou moins à ce que je découche une nuit sur deux, que je vomisse régulièrement dans ma cage d'escalier et que pour finir je ramène un petit ami percé et tatoué de partout à mes parents. Bon, okay, là je me calque un peu trop sur ma colloc'.
De l'appartement à la maison de mes parents, je n'ai que quarante minutes de voie express, en plus un samedi matin, ça roule bien. Ce qui ne m'empêchera pas d'arriver après le déjeuner... je n'y pense que maintenant et regrette alors de ne pas avoir prit le temps d'avaler quelque chose. C'est tout moi ça, toujours trente-six-miles choses en tête, mais jamais les bonnes... Soudain vannée des kilomètres qui défilent sous mes roues, j'appuie mon coude et ma tête contre la vitre fraiche et monte le son de l'auto-radio. J'écoute le morceau que m'a envoyé Eliot il y a deux jours, c'est lui et Philippe qui composent presque toutes les mélodies du groupe. Kim et Etan étant plutôt axés sur les paroles, les traductions... Kimphee n'écrivait et ne chantait qu'en anglais. Moi qui écrivais bien sur en français, je devais ensuite expliquer dans les détails à quoi je pensais pour telle ou telle phrase, histoire de ne pas dénaturer ma pensée lors du passage à l'anglais, histoire de bien passer pour une romantique ou, au contraire suivant les morceaux, hé bien... Pour une folle, une peste ou encore une allumeuse. C'est au choix, mais j'y peux rien moi si leurs musiques me font tourner la tête !
Je double une R5 avec mamie au volant et prend le large. La route est quasiment déserte à cette heure, les gens sont à table, chez eux, en famille... Finalement je ne suis pas si pressée d'arriver. J'écoute, je pense, je réfléchis aux paroles à poser sur l'instru et espère qu'ils ne me la demanderons pas ce soir, j'aimerais réellement retravailler cette chanson. Eliot m'aide en me donnant les titres pensés sur les musiques, celle-ci s'appelle In Another Life, et je ne me sent pas vraiment dans un autre monde. Je change de morceau.

Mes parents sont propriétaires d'une jolie maison de taille moyenne, située dans un quartier calme et fleuri, que je m'amuse souvent à comparer à Whisteria Lane, le quartier des « Desperates Housewives », tant les voisins sont au fait de vos moindres faits et gestes et les pelouses coupée au millimètre. Après avoir sortit mes affaires du coffre, je débarque enfin dans l'allée de garage et décide au dernier moment de passer par la grande porte. Le seuil à peine franchit, je tends immédiatement l'oreille à l'affut des bruits de la maison. Dans l'air plane encore une odeur de nourriture, mais je crois qu'il n'y a personne, je relève seulement maintenant que la voiture de mes parents n'était pas dans l'allée de garage. Sans me poser plus de question, je monte mes sacs dans ma chambre et file dans le bureau me poser devant l'ordinateur. Là, une série de post-it multicolores m'attendent sur tout le pourtour de l'écran. Je me laisse tomber dans mon fauteuil présidentiel et commence à lire les notes laissées par mes proches.
J'adore mes parents, ils ont su rester jeunes dans leur tête sans pour autant être des fumeurs de marijuana. Du jour où j'ai eu mes quatorze ans, ils ne m'ont plus refusé une seule sortie, ne m'ont plus reproché une seule mauvaise note, ne m'ont plus demander de ranger ma chambre et m'ont distribué de l'argent de poche à chaque fois que j'en réclamait pour sortir. Ils sont exceptionnels sur bien d'autres points, mais c'est dur d'en faire la liste alors que j'emmagasine que ma mère et mon père sont aux courses tandis que mon frère, au foot, m'ordonne de venir le chercher à seize heures. Encore un qui rentrera à pieds.
Je retire un par un le patchwork de post-it, et allume mon vieil ordinateur portable cédé à mon frère. J'ai une tonne de gens à contacter et msn va mettre plusieurs minutes à être opérationnel. D'abord Olivier, l'un de mes meilleurs amis depuis le lycée. Il vient me chercher tout les samedis pour un parcours santé destiné à nous vider la tête, nous retrouver, et accessoirement, à nous maintenir en forme. Ensuite, les filles, Maria, Audrey, Chaly alias Charlène et Elé. Des amis proches, encore sorties de mes années lycées, que je regretterais toujours je crois, le club des cinq, cocktail gagnant pour des sorties toujours hilarantes. Enfin, le groupe, Kimphee, que je suis censée retrouvée pour une rapide répétition, puis quitter pour quelques heures avant le grand soir. Ça y est, rien que d'y penser je ressent le trac du concert à venir... Rhaaa ! Et je me demande qu'elles chanson vont tomber, qui sera là, comment ça va se passer, comment m'habiller, et si je dois éviter le lait de la journée rapport à ma voix qui me servira ce soir, ou même faire attention à ne pas trop parler... Je fait la toupie dans mon fauteuil histoire de me remettre les idées en place.
Ma boite mail est pleine a craquer... En parcourant les messages je me rend compte qu'ils portent tous sur le même sujet. Apparemment Kimphee à fait une campagne de pub fracassante pour ce soir... J'ai tout les anciens de mon lycée qui me demandent si j'en suis. Même ma cousine et ses « bestaaaa » comme elle dit, espèrent me voir. Et à peu près tout les gens de mon age qu'il m'est arrivé de croiser un jour et qui ont piqués mon adresse mail sur mon face book... Dernier mail en liste : Rachel. Cette fois, pas moyens de retenir mon trac. J'ouvre la fenêtre d'Olivier à peine connectée et rédige des mes doigts fébriles :
« Je stress à mort ! Viens me chercher, MAINTENANT ! »
Je n'attend pas sa réponse et retourne dans ma chambre enfiler une tenue de sport. Il ne m'a jamais fait faux bon en trois ans. Je crois que je vais lui demander de venir ce soir, de me conduire plutôt. Le stress avant les concerts est horrible, je tremble, claque des dents, ne peux rien avaler, et suis plutôt dangereuse au volant. De plus, s'il vient, j'aurais un regard dans lequel river le mien sans ambiguïtés, sinon, j'ose à peine regarder la foule, et mes amis me reprochent souvent de les « snober » quand je suis devant mon micro. J'aimerais bien les y voir tient !

Olivier a mon âge, il suit un cursus militaire à quatre-vingt-dix kilomètres de chez moi, et ne rentre qu'un weekend sur deux. Il est grand, athlétique, d'un naturel calme, et toujours souriant. Coupe militaire et peau tannée, gros bras et dégaine de tombeur, il n'empêche que c'est un grand timide aux yeux sombre à qui je n'ai jamais connu de copine. Assise sur le petit muret devant chez moi, je le regarde arriver de la course cadencée destinée à l'endurance qu'on leur impose dans sa base. Il veut être fusiller marin, je crois que son travail consiste à garder les bases de sous-marins nucléaires français... Il n'a que dix-neuf ans et était très fier de m'annoncer début septembre, qu'il avait déjà une arme personnelle. Moi, ça me fait frémir, il est toujours le même, certes, mais quand il m'envoie des photos prises à sa base, de lui et ses amis en uniforme, armés, ou en pose devant des machines de guerre... Je ne peux n'empêcher de le voir différemment. Je ne veux pas qu'il change, moi même, je ne veux pas changer.
-J'ai bien cru que tu t'étais défilée aujourd'hui ! Lance t'il en s'arrêtant devant mes genoux, un sourire radieux aux lèvres. Je lui rend son sourire, il est vrai que habituellement nous courrons le matin puisque j'arrive chez mes parents le vendredi soir.
-Panne de réveil. Ça arrive même au meilleurs. Ajoutais-je avec ironie. Il me lance un rictus équivoque,
-Meilleure de quoi ? Je grimace et lui décoche un coup de poing pas très convaincant dans le biceps. Ouille ! Forcément il éclate de rire et me fait descendre de force de mon perchoir. Allez, en route championne ! Je m'étire vite fait et nous y allons, pour une fois, je n'ai pas besoin de le rappeler à l'ordre, et nous courons au même rythme. Je commence enfin à me détendre...
-Alors, comment ça va la fac ? Me lance t'il avec un regard en coin.
-Et l'armée, comment ça va ? Rétorquais-je, parant sa question assez mal habilement.
-Tu veux pas en parler ? S'étonne t-il, se retournant franchement vers moi. J'hausse les épaules,
-Y'a rien à dire. Ma colloc' est sympa, mais du genre bruyante, hmmm... mes cours intéressants, mais les notions sont si vastes ! Et question horaires... Trente heures par semaines contre dix à quinze pour les histoire de l'art, et autant en travail personnel... Je suis crevée dès le lundi soir. Et on est que début octobre. Râlais-je, manquant de louper la descente du trottoir. J'heurtais l'épaule d'Olivier.
-Pas mal pour quelqu'un qui n'avait rien à dire, plaisante t'il, profitant de mon faux-pas pour passer un bras amical autour de mes épaules et me serrer fort à m'en faire grimacer.
-Doucement grosse brute ! Ils vous donnent quoi à bouffer là-bas à la caserne ?! Il me relâche et m'écarte gentiment de lui, faussement vexé.
-Du lundi au vendredi, sur mon temps libre, c'est : tractions, pompes, abdos, course a pied, foot, corde et plus si j'ai l'occasion. J'ai l'intention de me présenter aux stages commandos de mars prochain...
-Mars ? Coupais-je, les yeux ronds. Mais d'ici là tu sera... bodybuildé ! Il tire la langue et me pousse a droite, dans un petit sentier terreux que j'aurais loupé autrement.
-Je dois bosser dur mon physique, explique t'il, et toi tes méninges ! Il accélère, voilà pourquoi ton excellent coatch perso prend soin de ta forme à ta place ! Et comme je le pressentais, il me sème dans le bois.
Je cours encore un quart d'heure sur la piste sinueuse, puis finit par abandonner. Je zappe complètement les diverses activités physiques qui me sont proposées le long du chemin, même si je ne doute pas qu'Olive les ai faites, lui. L'air est frais, et le vent faut bruisser légèrement les arbres. J'ai chaud, mais j'ai un peu honte de ne pas être en sueur. Ce qui équivaut à dire que je ne me suis pas vraiment dépensée... D'un autre côté, je ne tiens pas à être sur les rotules ce soir. Dilemme, une fois de plus. Je continue donc à marcher, quelque part c'est du sport non ? Bon, okay... sport de fainéants. Je fouille des yeux les bois ensoleillés, des fois qu'Olivier tente un retour par surprise histoire de me faire croire à l'agression... Oui c'est pas drôle, et oui je marche tout le temps. Je suis légèrement parano sur les bords, mes plus grandes peur étant le viol et la mort. Réjouissant.
Finalement, c'est mieux de courir, au moins je peux accélérer brusquement au cas ou un pervers sortirais des bois... Je repars donc d'une bonne foulée, je ne suis pas trouillarde, mais avec tout ce qui se passe en ce moment... Je repense à cette femme enlevée dans le coffre d'une voiture alors qu'elle faisait son footing, j'accélère, je songe à ce fugitif en fuite dont j'ai oublié le nom, qui s'est enfui dans une forêt, j'accélère encore, un gros chien noir surgit des fourrés et se jette dans mes jambes, je tombe.
Mon coude droit amortit le choc mais irradie tout mon bras de douleur, je ne peux retenir ma tête qui part s'écraser contre le sol. Mes yeux se ferment par réflex et l'horrible sensation de tomber dans un gouffre me prend.
-Horus ! Horus ! J'entends le chien courir comme un fou autour de moi, je vois des étoiles et j'ai la tête qui tourne. Je reste immobile. Le gros chien noir, un Terre-Neuve il me semble, pousse des râles joyeux et ne cesse de changer de direction. J'en déduis qu'il ne va pas me mordre et me redresse sur mon coude douloureux. La grosse boule de poils noir se jette contre moi et j'ai bien du mal à accuser le coup. Je le repousse de la main et me relève à genoux, son propriétaire accours vers nous, appelant toujours son chien, lequel me renifle de son gros museau humide. J'aime les chiens, mais je n'aime pas tomber. Je le chasse encore et me relève.
-Désolé ! Tu vas bien ? Panique le gars qui s'approche de moi, un de ces mec qui vivent dans un fourgon et font tout les festivals au vu de sa tenue. Kéffié, sarrouel, dreadlock, et doc martins... A moins que ce ne soit un Jéhovah, avec la chance que j'ai, ça ne m'étonnerais pas. J'empêche « Horus » de me sauter dessus et lui jette un regard noir.
-Il n'est pas méchant, juste un peu fou. Se croit-il obligé de préciser, dénouant sa ceinture pour la passer autour du cou de son chien, qui évidemment, na ni laisse ni collier. Horus ramené à l'ordre, il me souris de ses dents jaunies par la cigarette.
-Sacré chute, hein ?
-Pas mal dans le genre, oui. Finis-je par répondre, gardant un ½il sur le Terre-Neuve. Le mec était si maigre qu'il aurait pu poser pour Toscani, si le chien bondissait, il viendrait avec, c'était clair.
-Alors, rien de cassé ? S'enquit-il, me dévisageant avec plus d'attention. Je me rend compte que j'ai de la terre sur la figure et essaye futilement de m'en débarrasser, mes paumes sont écorchées, et c'est pire. Maintenant j'ai le visage terreux, et sanglant. J'abandonne l'idée d'être présentable.
-Non ça va, plus de peur que de mal comme on dit.
-Je te connais non ? Demande t'il soudain, plissant les yeux comme s'il essayait de se rappeler. Je me met également à le dévisager, piercing à l'arcade, tatouage dans le cou, petit bouc... Non, il ne me dit rien.
-J'ai un visage très banal, c'est pour ça... Maugréais-je en haussant les épaules.
-Bah non pourtant, me contredit-il, me regardant plus intensément encore. Mon ventre se tords, je commence à appréhender la suite. Il n'y a personne en dehors de lui et moi, le sentier est désert, les bois se sont faits silencieux... Il se rapproche d'un pas, je recule.
-Ça y est ! S'exclame t'il tout à coup, me faisant sursauter et mourir de peur en même temps. T'es l'une des chanteuses de ce groupe là... Kimkee ! Putain le con ! L'air pénètre à nouveau dans mes poumons et je recommence à respirer.
-C'est Kimphee, et je ne fais par partit du groupe, c'est juste occasionnel... Il me coupe dans mon explication par une violente claque sur l'épaule. Je me mords la langue sous le coup.
-Ouaiiis ! Sympa l'ambiance de vos concerts, bien bien ! Je couine un timide « merci » et avale ma salive au goût de fer.
-A quand le prochain ?
-Concert ?
-Carrément ! J'ai envie de lui dire que je n'en ai aucune idée mais crains qu'il ne connaisse déjà la réponse. Il y a des affiches placardée un peu partout en ville, le groupe à déjà fait sa pub, étrange qu'il soit passé à côté.
-Ce soir.
-Le bar qui est à l'angle de la rue du château et des quais c'est ça ? Je le regarde fixement, il savait donc pertinemment qu'il y avait un concert ce soir. La paranoïa reprend le dessus et je me demande alors si cette rencontre est vraiment fortuite ou s'il me suivait. Dans le doute, je stoppe net cette conversation.
-Oui, c'est ça. Désolée je dois y aller, bonne fin de balade. J'agite distraitement la main et tourne les talons, m'attendant à je ne sais quel coup foireux.
-D'accord, à ce soir alors ! Me lance t'il joyeusement. Je ne me retourne pas et recommence à courir. Pessimiste et parano, Dylan ma pauvre tu es vraiment dérangée !
Près d'un kilomètre plus loin, toujours pas de trace d'Olivier, je prépare dans ma tête mes reproches et que quitte le sentier près de l'ancienne gare de chemin de fer, rien de plus qu'une ruine d'avant guerre qui se laisse lentement grignoter par le temps. Il y a là un petit ruisseau qui coule à l'ombre des peupliers, quelques mètres en aval du sentier de randonnée. Je prend garde de ne pas glisser sur la pente qui est pourtant douce, car ça m'est déjà arrivé, et m'accroupis ensuite au bord de l'eau claire. Ma tête me lance, et mes paumes picotent. Je lave mes mains et mon visage, puis me passe l'eau fraiche sur la nuque. Le choc était peut-être un peu plus violent que ce que je pensais, j'espère juste que ça passera avant ce soir...
-Je te déconseille de boire, j'ai osé une fois, mes toilettes s'en souviennent ! Je pouffe malgré moi, je reconnaitrais la voix d'Oliver entre milles autres. Ce qui ne va pas l'empêcher de se faire engueuler !



J'ai les grands yeux rieurs de Kim en face de moi, et la moue ironique d'Etan, quelques peu en retrait, me noue la gorge. Derrière moi, Eliot ne fait aucun commentaire, il remet juste la piste à zero. Je ne devrais pas avoir la pression, ils ne me la mettent jamais, mais ça m'énerve de tout foirer, la salle commence à se remplir et moi, moi...
-Il faut que ça te vienne naturellement, Dylan, tu ne devrais même pas avoir à y réfléchir. Me dit gentiment Kim, posant une main chaleureuse sur mon poing crispé. Je chasse une mèche rebelle de mon front et replonge dans ma feuille. Elle est grande, belle, élancée, à une superbe chevelure brune qui cascade sur son dos et ses épaules, et ne fait jamais d'erreur dans les paroles, ELLE ! Mes joues sont en feu mais je parvient à retrouver ma concentration, je chante cette chanson une fois par mois depuis quatre mois, et à chaque fois, je me plante. And I don't give a damn what they say, what they think think... J'oublie un mot, je le rajoute, j'ai un blanc, je vais trop vite, pas assez... Cause I can't wait wait wait any more more more more, Une véritable catastrophe cette chanson. Je ne sais vraiment comment Kim s'y prend, elle ne se trompe jamais, elle. Bien sûr, c'est aussi elle qui l'a écrite, ça aide. J'inspire à fond et me détache de mes notes,
-Okay, on reprend. Kim tape dans ses mains et se redresse sur son tabouret,
-Chouette ! Du début ? Tu te sens d'attaque ? J'ai l'estomac sans-dessus dessous, mais je veut vraiment y arriver.
-Oui, on essaye. Etan approuve du chef et fait signe à Eliot de relancer la bande, dès les premières notes, la pression explose dans mon être. Kim ne retire pas sa main de la mienne, avec un clin d'½il, elle me préviens du départ. Nous nous synchronisons.
-I go ooh ooh, you go ah ah,
lalalalalalalala,
lalalalalalalala,
I wanna, wanna, wanna, get, get, get, what, I want don't stop,
Give me give, give me give, me what you got, got...
Je ne pense plus à rien, ma bouche s'articule toute seule, mes mots jaillissent par je ne sais qu'elle magie, je ne vois rien d'autre que les émeraudes amicales de Kim rivées dans mes yeux, ça s'accélère et je suis, nos voix sont comme un écho l'une de l'autre, et je m'applique à rester dans son timbre, on ne doit pas se dissocier, pas encore... Cause I can't wait, wait, wait, any more, more, more, more,
Don't even talk about the consequence,
Cause right now you're the only thing that's making any sense to me,
And I don't give a damn what they say, what they think, think,
Cause you're the only one who's on my mind,
I'll never ever let you leave me,
I'll try to stop time for ever, never... wanna hear you say goodbye, bye, bye, bye...

-Stop ! Tu le tiens ! S'écrie Kim, me serrant dans ses bras avant même l'arrêt de la bande.
-Ah ? Je... J'ai hésité non ?
-A peine ! Démentit-elle, déposant un baiser sur ma joue.
-Oui, tu as hésité. Répond Etan, plus direct. Je croise son regard et m'aperçois qu'il est néanmoins content de moi. Dans mon dos, j'entends Eliot souffler de soulagement.
-T'as plus qu'a garder ce rythme là maintenant la miss !
-Retiens que ya deux règles seulement dans les répétitions, me dit Etan, me remettant les paroles que je connaissais par c½ur sous les yeux, celle de trois avec « wanna » et avec « wait », les autres c'est règle de deux, « get », « give », « got », « think », etc.
-Non, « more » on le dit quatre fois, le charrie Kim, chassant la feuille de devant mon visage. Le plus important c'est le feeling Dylan, il faut que tu sentes la chanson, que tu sache qu'elle ne va pas te lâcher, et que toi non plus tu ne vas pas la lâcher, tu comprends ? Je hochais la tête, n'ayant toujours pas interrompu le défilement de paroles dans ma tête.
-Je vois à peu près ce que tu veux dire, oui. A ce moment là, la porte de la loge s'ouvrit sur Philippe, le quatrième membre du groupe, le guitariste. Je suis bête... Ils étaient trois à jouer de la guitare. Kim, Etan et lui. Quoique, non, il y avait une basse dans le lot, je pense que c'était Etan le bassiste, mais une fois encore mon ignorance en matière d'instrument me mettait une colle.
-Les amis, c'est carton plein ce soir !!! Annonça t'il, rayonnant, Y'a un groupe de petits jeunots qui fait la première partie là, les pauvres, le public ne fait que nous appeler ! Je du blêmir subitement car il m'assura dans la foulée que c'était un gentil public tout calme... Tous éclatèrent de rire et les tentatives pour me rassurer plurent sur moi.
Kim annonça qu'elle allait se changer tandis que Philippe, sur qui reposait toute l'organisation, repartit en coulisse. Moi, j'étais déjà prête. Eliot bidouillait des truc sur son synthé, toujours derrière moi, ce qui avait le don de m'agacer, et Etan était plongé dans la lecture des paroles que je venais de lui envoyer. Ses paisibles yeux bleus passant d'une ligne à l'autre avec une lenteur qui laissait présager l'analyse de mes moindres mots... Je baissais les yeux sur mes genoux et regrettais d'avoir mis des bottes à talons hauts... Combien de fois je m'étais pris les câbles trainants sur scène alors que je ne faisait que me déplacer devant le public. Là, c'était la gamelle assurée au moindre faux-pas. Bien joué Dylan.
-Tu es très bien comme ça. Me dit Etan à mi-voix, interprétant mon air renfrogné pour un mécontentement vestimentaire. Son regard pénétrant me mit le feu aux joues et je bredouillais un arrogant : « Je sais », qui le fit rire. Là, je regrettais d'avoir attaché mes cheveux et était à deux doigts d'en retirer ma pince à fin de pouvoir me cacher derrière mes mèches brunes. Au lieu de ça je refermais mes mains sur mes genoux et détournais la tête. J'avais mi une heure à me préparer, je ne devais toucher à rien ! Le bassiste me lâcha enfin des yeux pour replonger sur ma feuille. Lui et moi avions eu un petit égarement lors d'une soirée trop arrosée... Je me revois encore agrippée à son cou, pendue à ses lèvres... Brrr ! Le lendemain chacun à fait comme si de rien n'était. En fait, il n'y avait pas eu de lendemain, je m'étais réveillée chez une de mes amies, qui m'avais raconté... Je n'avais pas remis les pieds aux répétions pendant près d'un mois après ça. Et il avait fallu que Kim me supplie presque pour que j'y revienne. J'étais idiote, c'était il y a un an. Depuis, notre comportement l'un vis-à-vis de l'autre était un peu bizarre, mais par chance, ça n'avait en rien affecté le groupe, ni nos prestations.
La porte s'ouvrit à la volée et je sursautais sur mon siège.
-En piste ! S'écrièrent Kim et Philippe, euphoriques dans le couloir. Je me mit à trembler comme une feuille et Eliot chercha à me rassurer en passant sa tête par-dessus la mienne, pour me regarder à l'envers comme il le faisait souvent, mais ses longs frisotis blond tombant devant mes yeux me firent quitter mon siège d'un bond, et ma hanche heurta sans ménagement le coin de la table à laquelle était installée Etan.
-C'est sur scène qu'il faut sauter dans tout les sens Dylan, me sourit-il avec compassion. Je le regardais de mes yeux larmoyants et essayais de sourire a mon tour, sans succès. Eliot m'attrapa par les épaules et se fit un devoir de me guider jusqu'à mon micro. Sachant pertinemment que mon cerveau cesserait de fonctionner dès que je poserais le pied sur scène.



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Untouched - {Intacte}

Je m'en vais ooh tu t'en vas ahh ahh
La la la la,
La la la la,
Je peux, la la la la la la,
Je veux, veux,
Veux avoir, avoir,
Ce que je veux, ne t'arrête pas !
Donne moi, donne moi, donne moi ce que tu as, as,
Car je ne peux pas attendre, attendre, attendre, plus, plus, plus,
Ne parle même pas des conséquences,
Car maintenant tu es la seule chose qui a un sens pour moi,
J'en ai rien à foutre de ce qu'ils disent,
Ou de ce qu'ils pensent, pensent !
Car tu es le seul qui es dans mon esprit,
Je ne te laisserai jamais partir,
J'essayerai d'arrêter le temps pour toujours,
Je ne veux jamais t'entendre dire "au revoir"

Je me sens tellement intacte !
Et je te désire tellement,
Que je ne peux même pas te résister !
Ce n'est pas suffisant de dire que tu me manques,
Je me sens tellement intacte maintenant.
J'ai tellement besoin de toi d'une certaine façon,
Je ne peux pas t'oublier.
Je suis devenue folle depuis que je t'ai rencontré...

Intacte !
Et j'ai tellement besoin de toi !

Je te vois,
Te respire,
Je veux être toi !
Ah la la la,
Ah la la la,
Tu peux prendre, prendre, prendre, prendre, prendre ton temps, temps,
Pour vivre, vivre,
Comme tu dois, dois,
Vivre ta vie.
Donne moi, donne moi, donne moi tout de toi, toi !
N'aies pas peur,
De voir à travers la solitude.
J'en veux plus, plus, plus,
Ne pense même pas à ce qui est bien ou mal,
Ou mal ou bien !
Car à la fin ce sera seulement toi et moi,
Et il n'y aura personne autour,
Pour répondre aux questions laissées derrière.
Et toi et moi sommes faits l'un pour l'autre,
Alors même si le monde s'écrase aujourd'hui,
Tu m'auras toujours pour te relever, relever,
Et je ne te laisserai jamais tomber, tomber...

[...]


_____________________________________


préveɴυѕ :


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ѕυιтe dαɴѕ 20 coмѕ

# Posté le vendredi 16 octobre 2009 11:15

Modifié le mercredi 11 novembre 2009 11:00

cнαpιтre 3

cнαpιтre 3
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Le trac. Mon pire ennemi. Non pas qu'il me bloque, il m'étouffe ! C'est dans ma poitrine, un poids, dans ma tête, un bourdonnement, dans mes mains, un tremblement, dans mes jambes, une raideur, dans ma gorge, une sécheresse... Et dans les pires cas, le tremblement s'étend à tout mon corps, jusque dans mes mâchoires... Claquer des dents devant le micro, bien que ça ne me soit jamais arrivé, c'est ma hantise.
Kim cours au devant de moi, de nous. Elle monte comme une flèche le petit escalier métallique... Aussitôt, clameurs, cris, sifflements d'encouragement. La salle à l'air pleine, plus, bondée ! Mes jambes stoppent net et je laisse Philippe et sa guitare me dépasser. Sa haute silhouette obstrue un instant la lumière de la scène alors qu'il monte l'escalier, puis ça revient, et j'entends le public de plus belle. Je dois avancer, je le fais toujours... Ce soir, je ne déroge pas à la règle. Je me lance, montant rapidement l'étroit escalier d'accès, surgissant à mon tour sur scène...
La lumière m'éblouit, la chaleur m'étouffe, la scène est exiguë et le public si près... Philippe est déjà en train de brancher les amplis ou je ne sais quoi, la lumière danse sur ses larges épaules, caresse ses cheveux sombres, joue sur son visage concentré... et Kim est voutée au-dessus du premiers rang, elle parle joyeusement, rigole, serre des mains... C'est comme si mon c½ur lui-même tremblait...
-Affiche un sourire sur ton visage, on est pas à un enterrement ! Me glisse à mi-voix Etan en passant près de moi, sa basse à la main. Je fusille son dos du regard et m'anime enfin, rejoignant mon micro. Je me place toujours à droite de Kim, donc plutôt sur la gauche de la scène par rapport au public. Aie ! Je m'approche et on crie mon nom, Charly et sa voix stridente, les filles sont là, bien sûr... Elle recommence, plus fort. Rhaaa Charlène !!! Elle me le payera ! Mais le mal est déjà fait, inconsciemment je baisse les yeux sur la masse mouvante et colorée, reconnais des visages, en découvre d'autres... Et sent mes joues s'embraser. Kim se relève et me colle un bisou sur la joue avant de me glisser un rapide :
-A nous de jouer ! Les mots qui me déchirent le ventre, super. Dès lors, les lumières se baissent, les murmures couvrent la salle, et dans un coin de la scène les accord résonnent discrètement. Eliot installe le petit synthé devant Kim, et file derrière sa batterie. Etan et Philippe font un essais guitare et moi je me sent cruche. Je ne joue d'aucun instrument, je n'ai que ma voix, et je ne vais pas faire des vocalises... Tout le monde est occupé et je suis raide derrière le micro. Fébrile, je m'en saisit sans le retirer du support et tapote mon index sur la partie sensible d'un air expert. J'entends la résonance derrière moi, je ne retiens pas ma grimace. Je n'aime pas avoir les baffles derrière moi, ma voix m'arrive directement dans les oreilles, c'est déstabilisant, et gênant si je déraille. J'inspire à fond.
Je me torture toujours de la sorte, pourtant, j'adore chanter, sinon je ne le ferais pas, c'est clair. C'est peut-être cette envie de bien faire, d'être juste, et de ne pas me gourer sur ces putain de paroles, c'est aussi cette image que je veux donner, ce que je veux inspirer au gens, insuffler à mes amis... Je veux être sure de moi et bien dans ma peau. Dans un sens, je le suis déjà sept jour sur sept... Sauf derrière le micro. A y réfléchir, c'est la seule chose qui me déstabilise, la montée sur scène, le regard scrutateur du public... Je suis passée au crible, analysée dans les moindres détails, jugée... Et quand je vais commencer à chanter, ce sera pire.
Les ongles peinturlurés de Kim entament leur balais aérien au-dessus des longues touches blanches et noires, la mélodie de Untouched, alias « Intacte », provoque le silence du public, puis, alors qu'ils reconnaissent le morceau, leur déchainement hystérique. C'est la plus connue, la plus aimée peut-être, en tout cas, celle qui me pose le plus de problèmes. Elle est rapide dès le début, les paroles m'embrouillent, et surtout, c'est la chanson de lancement. Mis à part ça, je l'adore.
Mon c½ur décolle en même temps que la rythmique insufflée par Etan, je suis bien contente d'être près de la basse, j'ai en permanence le rythme dans la peau comme ça. Je passe rapidement ma langue sur mes lèvres et m'accroche à mon micro, déjà la musique file, déjà mon stress s'envole, déjà mes yeux se voilent, déjà Kim et moi nous lançon à l'unisson...

Huit chansons plus tard, les garçons quittent la scène et s'octroient une petite pause au bar. Pour moi c'est la fin, Speechless, « sans voix »... Mon adieu acoustique. Kim et moi sommes assises sur des tabourets hauts, le publique est juste à nos genoux, et au premier rang, mes amis on tous les yeux brillants.
Je suis épuisée, vidée, mais encore vaillante. Cette chanson est magnifique, écrite conjointement par Kim et Etan, c'est une chanson d'amour, hé oui, on en fait aussi. Kimphee est sentimental dans l'âme. Mon micro est posé sur mes genoux et je souris bêtement, attendant que Kim ai fini de régler le pied de son micro, encombrée par sa grosse guitare sèche en travers des cuisses. Une sueur froide coule dans mon dos, je me suis donnée à fond... Me reste à finir en beauté. En attendant qu'elle s'accorde, je chantonne déjà dans ma tête, moi qui ne suis pas bonne en anglais, avec les paroles de kimphee j'arrive pourtant à faire la traduction instantanée, je sais ce que je chante, je sais de quoi je parle, et je sais quelles émotions faire passer.
Les notes me font frémir, il n'y en a que trois, et je commence. C'est assez impressionnant, car je chante seule, Kim ne m'accompagne que pour les refrains. J'ai peur de me craquer, mais plus je m'absorbe dans la chanson, plus cette peur s'éloigne, ça va tout seul. J'entends ma voix ramenée par les baffles, mais ça ne me gène pas, car j'aime ce que j'entends. Seul bé-mol, Olivier, gentiment venu me servir de soutient visuel, demande son briquet à Eléonore, et le lève au-dessus de sa tête. Ils sont nombreux à suivre le mouvement, et voir toutes ces petites lueur s'allumer au son de ma voix me fait monter les larmes aux yeux. Je suis trop émotive, je le sais. Je ne pleure pas, j'ai juste des larmes plein les yeux, comme après la bande annonce d'un film d'horreur. Au risque de faire kitch, je ferme les yeux.

-You leeeeave me speechless... Reprend Olivier, passant un bras autour de mon cou lorsque je les rejoins devant le bar. Fini pour moi ce soir, c'est l'entracte, et après la pause, ce sera Kimphee seul qui assurera la fin du concert. Ils ont des morceaux qui ne sont pas faits pour des voix comme la mienne, ou plutôt, qui rendent terrible avec la sacré voix de Kim !
-Quelle chanson, mais quelle chanson mes amis ! S'exclame mon meilleur ami, serrant plus fort son étreinte déjà étouffante, Et pour qui est-elle cette chanson d'amour, mademoiselle ? Je détourne le regard et grimace. Il est un peu éméché, et commence à dire n'importe quoi, pour couronner le tout, Philippe et Etan me regardent depuis l'autre côté du bar, attendant visiblement ma réponse. Je grince des dents alors qu'Olivier répète sa question. Les filles gloussent, non, Audrey et Elé gloussent, Maria et Charly vont se rouler par-terre si sa continue... Je passe moi aussi un bras autour de son cou, ou plutôt ses épaules, car il fait bien une tête de plus que moi, et serre de toutes mes maigres forces de fillette.
-Mais pour notre militaire favori bien sûr ! Nous avons toujours été ainsi, cinq filles, un garçon. Et au sein du groupe même, des paires plus affiliées. Moi et Oliver, Audrey et Maria, Elé et Charly... Solidarité féminine oblige, je passe en position de force. Nous applaudissons notre boy-scout bien fort toutes les cinq, et c'est à son tour de détourner le regard, timide comme pas deux. Je m'approche sournoisement et reprend tout bas la première phrase du couplet, aussitôt épaulée par Maria et Charlène :
-You leave me speechless... when you talk to me... ( tu me laisses sans voix quand tu me parles...) Bingo ! Ses joues, malgré sa peau bronzée, deviennent rouge pivoine ! Nous rions de plus belle et il paye sa tournée. Mes yeux devraient se fermer seuls, mais je suis euphorique, on commande de l'alcool à foison et nous partons nous installer à une table haute, non loin de la scène. Nous nous serrons tous les uns aux autres pour tenir autour de la table ronde, les larges épaules d'Olivier n'arrangeant pas les choses.. Pour ma part, je suis coincée entre Audrey, qui descend les verres à vitesse grand V, et Charlène, qui ne cesse de se trémousser sur la musique de fond. Olivier et Eléonore entament un bras de fer en attendant la reprise du concert, nous rions comme des baleines quand il feint de se faire battre, nous sommes déjà bien partis comme on dit.
Au bar, je guette avec impatience le départ des musiciens. Eliot est déjà sur scène et discute avec Kim. La haute et fine silhouette du garçon semble décontractée, il fait de grands gestes pour illustrer ses propos et ça me fait tourner la tête. En fait, ce n'est pas Kim, mais la propriétaire du bar... je crois, je vois mal. Peut-être n'ais-je plus les yeux en face des trous. Je suis bien contente d'être calée entre mes amies en cet instant, si je peine à reconnaître Kim, c'est que je tiens à peine debout... Je ris toute seule et finit mon verre pour le rattraper.
Je ne sais plus exactement à quel moment je me suis mise à bader. Je me rappelle pourtant que tout allait bien, on attendait la fin de l'entracte, j'étais même motivée à danser, MOI, la fille qui a toujours peur du ridicule ! On était un peu ivres, mais pas trop, juste assez pour passer notre temps pliés en deux, se dire qu'on était tout les uns pour les autres, se sentir immortels et terriblement vivants, se coller toutes les minutes des gros bisous mouillés sur les joues, crier nos prénoms respectifs dans la foule quand on se perdait... Et puis je ne sais pas, esprit embué ou pas quelque chose à réussi à me faire mal. Olivier me diras plus tard que c'était Etan venu présenter sa nouvelle copine, moi j'ai du mal à y croire. Etan ? Qu'est-ce que j'en ai à faire ?! Naan ! Lui et moi que dalle, on était rien, des amis, une erreur d'un soir, rien de plus. Mais, si... C'était ça.
Je me rappelle avoir tourné les talons si subitement que j'avais faillit m'étaler. Puis, j'avais attrapé Audrey au passage, la seule de mes amies qui n'était pas « trop contente !!! » de rencontrer la fille, et m'était bien vite fondue dans la foule, laissant derrière moi le bassiste brun, ses yeux bleu intrigués, et sa pouf à couettes blondes... Bah ouais, je suis jalouse. Je le pensais pas, mais ce soir là, je l'ai découvert, et cette jalousie ne ferait que se conforter plus tard, mais vis-à-vis d'un autre...

Je danse, j'essaye d'oublier ce que j'ai vu. J'ai vomi, trois fois, partout jusque sur Olivier. J'ai vidé une bouteille d'eau cul sec, et j'ai passé une heure à faire des allez-retours aux toilettes, je commence seulement à me sentir mieux. Charlène s'est fait marcher sur le pied par un garçon un peu trop remuant, je crois qu'elle prend l'air dehors avec Elé et Olivier, qui veille toujours sur nous lorsque nous sommes saoules, même s'il n'est pas beaucoup mieux.
Je danse avec Audrey, je danse avec Maria, nous dansons toutes les trois, et nous boudons la gente masculine. Nous le faisons souvent, c'est une façon de se protéger des mecs lourds, craignos, et vraiment trop saouls. A trois on est plus fortes, à trois on peu faire face, a trois ils n'osent pas nous aborder. C'est pourquoi, quand tout à coup je sent une tape sur mon épaule, je me retourne avec un grand sourire, certaine de découvrir Olivier, ou l'une des filles... C'est une fille, mais pas une de celles qui méritent mon sourire.
-Dylan c'est ça ? Moi c'est Marie ! Je suis super contente de te rencontrer ! Elle me sert dans ses bras et je me raidis. J'adore tes chanson ! Poursuit-elle, toute contente, regarde ! J'ai acheté ton t-shirt ! Elle ouvre sa veste et j'aperçois alors une sorte de T-shirt imprimé à la Warhol... Le motif, si on peu appeler ça comme ça, c'est moi, comme une photo de moi prise sur scène, modifiée artistiquement... Je me rappelle alors que Philippe avait évoqué cette idée, des t-shirt à notre effigie. Je n'avais pas voté pour si je me souviens bien, justement pour cette éventualité : me retrouver sur la poitrine protubérante d'une pouf à couettes alias la nouvelle petite amie de l'autre là...
-P'tain...
-Oui ? Elle est pendue à ma bouche, avide du moindre de mes mots. Je doute qu'elle ai entendu ce que j'ai dis, mais ce soir j'ai vraiment envie d'être méchante, elle est la goutte d'eau, et je suis le vase.
-Je dis « putain » et tu te reconnais ? Trop fort. Dis-je, acerbe, avant de lancer un « J'me casse ! » blasé à mes amies, agitant distraitement la main devant leurs yeux agrandis. « Marie » glapit un petit « kwaa ? » que je me fait un plaisir d'ignorer, et je me fond dans la masse, comme j'en ai l'habitude. Début de soirée génial, fin merdique.
Je repasse en coulisses sans un regard pour mes compagnons sur scène, attrape mon blouson resté dans la loge, jette comme une gamine celui d'Etan par-terre, et longe le petit corridor sombre qui mène à la sortie de secours. La fatigue me trombe dessus d'un coup, je commence par bailler puis mes yeux me picotent et commencent à se fermer tout seuls. J'ai la flemme de chercher Olivier, qu'il soit dans la salle ou devant le bar, de toute façon il a top bu pour conduire, autant renter à pieds. J'enfonce mes mains dans les poches de mon blouson et pousse la barre de sécurité d'un coup de coude. La porte pivote et je me retrouve dans la ruelle dégueulasse derrière le bar. Un groupe de mecs fument côté rue, j'enfonce mon nez dans le col relevé de ma veste et prend d'office l'autre direction, acheminement de ruelles désertes qui font résonner mes bottes.
Les ruelles... Il y a celle que je prends pour aller à ma fac et qui me rend mal à l'aise, et il y a celles-ci, deux fois plus sombres, deux fois plus sales, deux fois plus désertes et inquiétantes. Mais ce soir, je suis trop fatiguée pour avoir peur, mes nerfs ont lâchées, mon cerveau est h.s, j'ai la voix cassée, et l'estomac en bouillie, la trachée meurtrie par mes vomissement, et le c½ur gros. Autrement dit, Jack l'Eventreur peut bien se pointer, je l'emmerde !
Je suis si renfermée dans ma petite bulle, si confinée dans mes problèmes, qu'une chose que j'aurais en temps normal repéré dans la seconde m'échappe pendant plusieurs minutes. Et je continue mon petit bout de chemin, et les pas furtifs poursuivent leur filature...
J'ai froid, je viens de passer d'une fournaise au vent du nord en moins d'une minute. J'accélère le rythme pour me réchauffer, j'ai de longues jambes, donc ça ne me pose aucun problème, contrairement à ma mère qui doit toujours trottiner pour me suivre, ce qui me fait bien rire... J'ai hâte de renter chez moi, me glisser sous la couette, devant un film ou, vu mon état, m'endormir rapidement. J'espère que je n'aurais pas la gueule de bois demain, je déteste ça.
Je m'arrête malgré moi et tend l'oreille. J'ai bien entendu le raclement d'une canette sur le sol ? J'écoute, et j'entends le bruit de mon propre c½ur dans ma poitrine, pire, je vois les nuages de vapeur devant ma bouche grossir de plus en plus, ce qui veux dire que ma respiration s'accélère, et que je panique. Dylan ! Non mais la pauvre fille quoi ! Parano à en crever ! Je vais finir cardiaque si ça continue! En colère contre moi et mon esprit tordu, je me retourne vivement et fait les gros yeux au cas ou...
Mon c½ur manque un battement et ma respiration s'arrête. Je ne peux pas m'empêcher de penser : Tu ne pouvais pas seulement partir en courant comme tout le monde non ? J'ai voulu jouer les braves, et là... Je crève de trouille ! Parce qu'il y a une silhouette masculine à une dizaine de mètres de moi, parce que le lampadaire de la ruelle est cassé et que je ne vois qu'une ombre sans visage, parce qu'il s'est arrêté à l'instant où je me suis retournée, et que c'est une certitude, il est après moi.
Je ne bouge pas, il ne bouge pas. Je tremble, de froid, de peur, de rage, je ne sais... mais le tremblement devient de plus en plus prenant, rien à voir avec le tremblement du trac, celui-là me glace, me déboite la mâchoire, me paralyse presque... Je recule, d'un pas, puis deux, mais ne quitte pas la silhouette des yeux. J'étouffe un gémissement apeuré lorsqu'elle s'anime, je n'ai fait que cinq pas, mais lui a recommencé à avancer, et vite !
Mes yeux fous fouillent les hauts murs de pierre, cherchant un chemin de traverse, quelqu'un, une issue. Mais les larmes commence à affluer et je vois trouble, je commence à courir, mal assurée d'abord, puis un véritable sprint, jamais je n'ai courut aussi vite, jamais je n'ai freiné si brutalement à l'appel de mon prénom.
Mes bottes dérapent sur le bitume verglacé et je reprend conscience de mes talons. Ai-je vraiment couru à fond avec ça ? C'est pas la question ! Le souffle court, les poumons en flammes, je me retournes et attend qu'il m'ai rattrapée. J'ai un gros doute, il m'a appelée, je connais donc cet abrutit qui m'a fait peur. Sa voix ne me dit rien, mais plus il s'approche plus sa silhouette me dit quelque chose. A deux doigt de tourner de l'½il tant mon cerveau manque d'oxygène, je m'appuie au mur et achève de reprendre mon souffle.
-Pourquoi est-ce que tu as courut comme ça ? Me lance la voix inconnue, alors qu'il n'est plus qu'a quelques mètres. La nuit est sans étoiles, sans lune, lui est sans visage.
-Pour... le... fun ! Parvins-je à articuler, la gorge déchirée par l'air glacé s'y engouffrant en toute urgence. Soudain il est assez prêt pour que je le reconnaisse, et je ne sais pas si je dois être rassurée pour autant.
-Bien sympa le concert... Je hoche débilement la tête. Ce type, ce drôle de mec, c'est le Jéhovah/baba-cool, le mec du parc, le mec de ce matin, le garçon au chien ! Je me redresse vivement et manque de me bloquer le dos, saloperie de froid !
-Je te paye un verre ? Me propose t'il, le regard beaucoup trop brillant pour être net.
-Non merci, je rentrais chez moi. Je suis vanée. Il hoche la tête, mais les coins de sa bouche se sont abaissés d'une manière que je n'aime pas. Il est deux heures du matin passé, la nuit est froide, il n'y a pas un chat dehors. Juste une pauvre fille, et un drôle de type.
-C'est sûr, tu étais très bien, très belle. Là, je n'aime pas. Il a beau me sourire, moi j'ai bloqué. Je n'aime pas, mais alors pas du tout qu'on me sorte ça !
-Merci, c'est gentil. Je le toise et m'apprête à prendre congé comme ce matin, mais dès que j'ouvre la bouche, il me coupe.
-Juste un verre... Grrr ! Mais c'est qu'il insiste le sagouin ! J'ai envie de le planter comme une merde mais je dois bien avouer qu'il me fait peur.
-Non, vraiment, je...
-Un seul...
-Non.
-Non ? Je me tais. Ce « non » était incisif, hargneux. Je savais que j'aurais du continuer à courir... Sans rien ajouter, sa main jaillit vers mon bras et il m'entraine dans la directions opposée à celle que je suivais.
-Hé ! Doucement, je rentre, okay ? Protestais-je, la voix un peu tremblante.
-C'est qu'un verre merde ! Gueule t'il, me relâchant néanmoins, boudeur.
-Bah j'en ai pas envie ! Répliquais-je, virulente comme pas deux.
-Hé bien tu vas de forcer, Dylan ! Dans la seconde il me broie le bras, et me tire violemment à sa suite.
-LACHE-MOI ! Hurlai-je, me débattant farouchement. Une claque brutale m'arrête sans un mot. Il me regarde, furieux, et je commence à ressentir une douleur vive dans ma joue droite. On ne m'a jamais frappée...
-Tais-toi... Menace t'il, sa voix tremble encore plus que la mienne, ses traits son déformés par la colère, et la main qui n'est pas douloureusement ancrée à mon bras se referme en poing crispé.
-Je... je veux j...juste rentrer, s'il... t-te plais. M'entendis-je supplier, les yeux de nouveau larmoyants. J'ai très peur, je me sent seule, et terriblement vulnérable. Je refuse de penser à ce qui va se passer, même si je n'ai aucun doute dessus. Ce type doit avoir vingt, vingt-cinq ans, son visage est si marqué que je n'arrive pas à lui donner un âge, de musculature sèche, je n'aurais pas parié un cent sur lui, et pourtant je sais que je n'arriverais pas à m'échapper.
Il tourne la tête à droite et à gauche, fouillant les maigres zones de lumière des yeux. Je sais qu'il craint que quelqu'un n'arrive, et moi je prie de toutes mes forces pour qu'on vienne à mon secours ! J'ai du fermer les yeux, je ne sais pas, en tout cas je recommence seulement à voir sa sale face lorsqu'il me pousse dans un coin sombre, la mâchoire crispée, les yeux mauvais, la bouche tordue par une pulsion sadique... Je résiste, ma joue me lance toujours mais je le remet à hurler, je le gifle, cherche à atteindre ses parties d'un coup de genou...
Je suis au sol. Je sent le bitume abimé contre ma tempe, les graviers dans ma chair, le froid mordant, la dureté du sol sous moi... Ma tête bourdonne et j'essaye de me relever quand une douleur insupportable me coupe en deux, bloque ma respiration, et m'empêche de vomir mes tripes. Et ça recommence, plus fort, plus violent... Je me recroqueville sous les coups de pieds et me tient le ventre, mais il s'en prend alors à ma tête, et c'est avec les poings cette fois. Je protège ma boite crânienne comme je peux, mais ça semble l'énerver encore plus, les choc résonnent dans ma tête, plus vite, plus fort, mes yeux tressautent derrière mes paupières, je sent un liquide chaud couler sur mon visage, ça me rappelle de la sueur, mais ça ne peux être que du sang...
Je roule de l'autre côté, déchirant mon ventre blessé, noyant mon cerveau dans les ténèbres, gémissant sous la douleur. Mais c'est pire... Il détruit ma colonne à coup de doc Martins, écrase mes côtes déjà ébranlées de son talons, j'ai mal ! J'ai mal ! Mon visage est noyé de larmes, de sang, j'ai essayé d'ouvrir les yeux, mais j'ai vu rouge. Mon c½ur bat fort, mes poumons sont rétractés sous mes hoquets, je ne peux plus respirer et j'étouffe sans m'en rendre compte, je veux que ça cesse ! Je veux que ça cesse ! JE VEUX MOURIR !
Je ne sais plus d'où vient le mal, il s'est généralisé dans mon corps... J'alterne périodes de veille et de coma, je n'ouvre jamais les yeux, mais à travers mes cils, je vois ses chaussures immondes faire les cents pas devant mes yeux. Il doit se demander quoi faire de moi, s'il me viole et me jette dans la rivière, ou s'il me tue tout de suite et me cache dans une benne...
Ça fait si mal... Jamais, oh jamais je n'ai eu si mal... J'ai du sang dans la bouche, dans la gorge, dans les yeux... Je ne m'en remettrait pas, c'est impossible. J'ai vu le sang sur le sol, j'ai vu le sang sur ses chaussures, et quand il m'a retournée sur le dos, j'ai vu le sang sur ses mains et ses vêtements... Je peine à me dire que ce sang est le mien, il y en a trop, c'est impossible... Un gargouillis immonde sort de ma gorge alors que je me noie dans mon propre sang, contemplant le ciel d'encre entre mes paupières tremblantes... Son visage se superpose au mien quelques secondes, le temps d'un horrible sourire, il savoure sa victoire et j'attends ma mort.
Je ne sent plus rien, je suis un bloc de glace, je suis l'asphalte. J'ai les yeux grand ouvert, et le vent froid sèche mes larmes, mord mes yeux. Je ne respire plus, ou à peine. C'est horrible, car j'ai conscience de tout cela, comme une ultime torture, me sentir partir... Le sol s'anime, non, rugit. Moi qui croyait loin mon agresseur, je l'aperçois lorsque ma tête roule d'elle même sur le côté. Ce sera la benne... Il la traine, avec hargne, une immense benne à ordure kaki... Pourquoi l'amener à moi quand il suffisait de m'y jeter ? J'y pense et j'ai ma réponse. Il bloque l'une des énormes roues de son pied et, avec un cris que j'emporte avec moi là ou je vais, ses bras se tendent, ses muscles se tordent sous sa peau, et il fait basculer l'imposant conteneur et son ventre de plastique à tout épreuve, sur moi...




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Speechless {Sans voix}

C'est comme si je t'avais toujours connu,
Et je jures avoir déjà rêvé de toi.
Toutes ces nuits sans fin où j'étais seule,
C'est comme si j'avais toujours cherché...
Maintenant je sais ce qui valait la peine,
Avec toi c'est comme si j'étais enfin à la maison.

Devenant folle,
Je pensais savoir ce que c'était,
Mais avec toi c'est comme si c'était le premier jour de ma vie,

Parce que tu me laisses sans voix quand tu me parles,
Tu me laisses sans souffle par la manière dont tu me regardes,
Tu réussis à me désarmer...
Mon âme rayonne à travers toi,
Je ne peux rien faire mais je me livre
Entièrement à toi.

Je pensais pouvoir te résister,
Je pensais être forte,
D'une manière ou d'une autre tu es différent de ce que j'ai connu.
Je ne l'ai pas vu arriver,
Tu m'as prise par surprise et,
Tu as volé mon c½ur avant que je puisse dire non.

[...]

Tu me laisses sans voix,
La façon dont tu souris,
La façon dont tu touches mon visage,
Tu me laisses sans souffle...
Il y a quelque chose que tu fais que je ne peux expliquer,
Je courrerais un million de miles juste pour t'entendre dire mon nom...

Chéri...

[...]


_____________________________________


préveɴυѕ :

Histoire-fantasteekPulsions-and-coKervignonSamediauchevalxx-s0-splendiideBlackxDream



ѕυιтe dαɴѕ 15 coмѕ

# Posté le jeudi 22 octobre 2009 15:56

Modifié le mardi 27 octobre 2009 19:02

cнαpιтre 4

cнαpιтre 4
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Quelque chose chatouille ma narine, c'est surement ce qui me sort du sommeil. Dans le cirage, j'écarte ce quelque chose d'une main brusque, et commence à me rendre compte que ça cloche... J'entrouvre difficilement les yeux, comme je le craignais, j'ai une gueule de bois monstre... Mes souvenirs de la soirée son troubles et épars... Puis ça me reviens... La ruelle, le gars, ses coups, la benne... Je me redresse en hurlant et mon cris se perd dans l'immensité qui m'entoure.
Mon c½ur bat comme un fou, si vite, si fort, que je n'aurais jamais cru ça possible. Il faut impérativement que je me calme. Ou pas... Je suis sur le sol, sur un tapis de feuilles plus précisément. Mes yeux affolée ne capte que des images troubles, mais sous mes mains le sol est froid, humide, odorant... J'applique mes paumes sur mes paupières brulantes et réessaye. Cette fois, c'est plus clair. Tout à fait clair même. Avec horreur, je découvre des arbres, immenses, touffus, et parfaitement silencieux. Leurs cimes me cachent le ciel, leur nombre me cache l'horizon. Je suis dans une forêt ou un bois... Je suis comme toutes ces filles qu'on enlève et qu'on jette ensuite là ou personne ne les trouvera. Mais à la différence d'elles, je suis encore en vie...
Je me redresse à genoux et regarde autour de moi, à l'affut du moindre bruit. Je ne suis peut-être pas seule... Peut-être qu'il va revenir, peut-être qu'il va terminer ce qu'il a commencé. Vivement, je porte les mains à mon visage et me palpe précautionneusement les tempes, le nez, les lèvres... Je ne sent rien, ni douleur, ni bosses, ni coupures, ni sang séché... Je me rappelle pourtant avoir été frappée... Des flash douloureux défilent derrière mes paupières, me tordant l'estomac de peur. Je ne pourrais jamais l'oublier. Moi, Dylan, j'ai été agressée par un fou furieux, et... Je baisse les yeux sur mes vêtements, craignant le pire, l'atteinte la plus horrible qu'il aurait pu me faire : le viol.
De mes bottes à ma veste, tout y est, ou du moins, tout semble y être. Je passe fébrilement l'une de mes mains sous mon haut, et palpe mon corps, mon soutient-gorge est en place... Je tire sur le taille de mon jean et découvre l'élastique de mon boxer, ça ne me rassure qu'a moitié. Un peu faiblarde, je parvient à me mettre debout sans trop de mal et vérifie alors que chacun de les vêtement est à l'endroit, et à peu près dans l'état où je les avais enfilés. Il y a des tarés qui rhabillent leurs victimes... De même, je suis à l'écoute attentive de la moindre douleur, dans les films, les filles victimes de viols ont des douleurs dans le bas ventre, l'entre jambes, des marques sur les bras et les cuisses... Je ne vais pas me déshabiller dans la forêt, mais mes avants bras ne portent aucune marques de ce genre, quand aux douleurs, il n'y a que mon cerveau en compote, rien d'autre, pas même mes côtes qui étaient pourtant en feu hier... Hier... Et si... Oh merde ! Je n'ai aucune notion du temps, de l'heure qu'il est ! Je peux très bien être ici depuis plusieurs jours ! J'arrache presque mon bracelet de montre en retournant le cadrant vers moi, elle est arrêtée... Le quadrant à quartz est vide, désespérément vide...
-Qu'elle merde ! Avec rage, je laisse tomber mes bras le long de mon corps et lève la tête vers les arbres. Le soleil n'est pas très haut dans le ciel, il n'est pas midi, ou alors c'est le soir... Je ne suis pas très douée, je suis totalement niaise plutôt. Comment puis-je espérer deviner l'heure à la position du soleil alors que je ne peux absolument pas distinguer l'est de l'ouest, en passant par le nord et le sud ? Pfff... Espoir : je sais que la mousse pousse sur la face NORD des arbres... Mais sur ceux-là, la mousse pousse en totale anarchie de tous les côtés... Génial. Je soupire et me met en marche dans une direction au pif, comme dirais mon prof de philo de terminale : « surtout de cédons pas à la panique ». Je suis en général plutôt douée pour me repérer en forêt, merci les courses d'orientation et les balades à cheval avec ma cousine. Je me rendrais vite compte si je tourne en rond, c'est déjà ça.
L'air est frais et très imprégnée de l'odeur de terre et d'écorce, j'acquiers alors peu à peu la certitude que c'est le matin. Je glisse l'une de mes mains dans une des poches de ma veste et passe l'autre dans mes cheveux, enlevant les feuilles mortes qui s'y trouvent. J'ai toujours mes anneaux aux oreilles, mais ma barrette s'est volatilisée. Mes longs cheveux tombent donc en désordre sur mes épaules, et je le les rassemble dans mon col pour avoir plus chaud. Je n'ai pas faim, mais terriblement soif, comme les lendemains de veille... ça me conforte dans l'idée que ma soirée et mon agression se sont passées hier, mais dans ce cas, pourquoi nais-je rien ? Remarque, je ne vais pas m'en plaindre. J'ai toujours cicatrisé très vite, mais là... C'est quand même un record.
Je trébuche à plusieurs reprises à cause de mes bottes de ville à talons haut dans cette nature sauvage. Ça me saoule... Le terrain finit par s'élever en pente rude, et je dois m'accrocher aux arbres pour gravir la côte glissante et meuble. C'est une forêt, obligé, car ça fait vingt-minutes que je marche en ligne droite et j'ai n'ai rencontré personne, vu et encore moins entendu aucune trace de civilisation. Les boules. Point positif, je n'ai croisé aucun animal non plus. Biche lapins okay, cerf ou sanglier déjà moins. Je suis contente d'avoir mi de la distance entre moi et l'endroit où je me suis réveillée. La forêt est grande, combien de chances qu'il me retrouve ? Je me surprend à jubiler, je suis plus forte que ce que je pensais. Je souris, contente de ne pas avoir perdu les pédales. Je me suis réveillée seule dans une forêt inconnue, et je marches vers ma liberté. Marche qui me donne chaud. Je retire mes cheveux de mon col et ouvre légèrement ma veste, je passe au travers d'un buisson de houx en prenant garde à ne pas me piquer et découvre un sentier sous mes bottes. Pas un chemin tracé par le passage répété d'animaux, non, un véritable sentier, avec un sol à peu près plat, et une bonne vue de loin. Rassurée, je reprend la route, qui dit sentier dit humain, je vais enfin pouvoir trouver quelqu'un avec un peu de chance.
Je suis plus haut dans la forêt, et ici une brise légère agite les branches, le bruit des feuilles agitées au-dessus de ma tête me fait du bien, c'est calme, certains trouve ça flippant, moi je trouve ça rassurant. Ça prouve que le monde n'est pas aseptisé. Moi, je vis trop dans une bulle, j'ai besoin de ce vent autour de moi, de ce bruit à mes oreilles, de cette nature à perte de vue... Devant moi, le sentier prend un virage, je presse le pas avide de voir où il mène... Après ce que je viens de vivre, j'ai besoin de me retrouver, de le ressourcer, d'oublier... Tout allait si bien et je recommence à avoir peur, de fait, les horribles flash reviennent dans ma tête, et je ferme les yeux pour les en chasser. J'ai comme l'impression que je vais vomir et m'arrête en sentant la bile remonter dans la gorge. Dylan calme toi... Me dis-je dans ma tête, priant pour que ces pensées atroces s'arrêtent. Et elles prennent fin. Je ne suis pas soulagée pour autant, juste... Déprimée. Je réouvre les yeux et contemple mes bottes, le cuir cerise est entaché de boue. Je tapote mon pied droit contre mon pied gauche pour les décrotter et me remet en route avec un soupir désolé. Je ne fais pas un mètre.
Mon sang ne fait qu'un tour alors que je découvre un homme, lui aussi figé, à une dizaine de mètre devant moi. Je voulais savoir ce que me réservais le virage, et bein voilà. Ça n'est pas mon agresseur, celui-là est grand, brun, a de larges épaules et d'impressionnants biceps... Ma gorge se noue alors que je remarque ce qu'il a à la main... C'est un arc ! Un de ces truc à la Robin des Bois, un arc immense et effilé, tendu par une fine corde que je vois à peine même à cette distance. Et derrière lui, j'aperçois alors une... une carcasse de... un cadavre de... un cerf énorme qu'il semblait trainer par les cornes ! Je le regarde fixement et cherche à deviner ses attentions, c'est un chasseur ou un braconnier, en tout cas un type des bois pas forcément très fréquentable... Dylan, ma vieille, tu as toujours eu beaucoup de chance...
Il n'est pas aussi vieux que je l'aurais cru au premier abord... Il est juste mal rasé, et ses sourcils légèrement incurvés vers ses yeux lui donne un air excessivement méfiant... Ou alors c'est un sauvage... Je ne saurais cependant lui donner d'âge, plus vieux que moi, mais pas au-delà de vingt-six... Il me regarde de biais, je devine qu'il a du me voir faire ma petite crise de flash back et qu'en déboulant du virage je l'ai surprit. Je le regarde bien en face, pour lui faire comprendre que je n'ai pas peur, ce qui est totalement faux, mais je suis bonne comédienne, je crois... Bref, j'essaye de ne pas trop faire les yeux noirs quand même et convient de ne plus baisser mon regard. Lui n'a ni bougé, ni cillé. Sa bouche est neutre, son expression est neutre, ce type est neutre. Seuls ses yeux se distinguent, suspicieux, encore, curieux peut-être aussi... Un truc vient percuter mes cheveux à pleine vitesse et se met aussitôt à bourdonner près de mon oreille, s'emmêlant dans mes cheveux fins, tirant pour s'échapper. Je cris et essaye de chasser l'insecte de mes cheveux, sautillant sur place, tapant de plus en plus fort jusqu'à ce qu'enfin une sorte de scarabée noir s'écrase au sol devant moi. Prise d'un fort accès de rage, je l'éclate sans vergogne sous le talon de ma botte. Ça craque et je soulève avec précaution mon pied pour voir s'il est bien mort... Je hais les insectes, plus encore lorsqu'ils se prennent dans mes cheveux, ça me met toujours en crise !
Enfin, rassurée, je relève le menton et constate que mon inconnu est toujours là. Sauf que vu son air, il doit me prendre pour une débile profonde... Je sens le rouge me monter aux joues et ne peux plus le regarder en face, ça y est, c'est foutu. Qu'est-ce que je fais maintenant ? Retrouvant une once de courage, je lève des yeux de chien battu et m'apprête à lui demander où nous sommes, mais quelque chose m'en empêche. Un bruit, une sorte de craquement cadencé tout près de moi... Je tourne la tête vers les broussailles sur ma droite, mais ne vois rien. Reviens à lui, et me trouble de son regard, qui à encore changé, plus curieux que méfiant. Le bruit encore, comme des brindilles qui se brisent... Je me retourne franchement vers la source de ce bruit et plisse les paupières pour mieux voir à travers les branches... Et je vois deux yeux, deux yeux noirs braqués sur moi, deux yeux pas franchement rassurants, et un grondement animal qui monte, monte... Je commet l'erreur de reculer d'un pas, et la créature me plonge dessus avec une détente fulgurante.
Je suis projetée au sol et sent la chose passer au-dessus de moi, feuler et rouler dans les broussailles d'où je suis moi même sortie, effrayée, je me redresse à quatre pattes et recule dans les feuilles mortes, mes cheveux sont devant mes yeux et je ne vois rien ou presque, j'espère juste ne pas reculer dans sa direction. Je me griffe le visage en écartant ma chevelure de ma vue, et me trouve nez à nez avec cet hideux animal ressurgit de la pente. Sa peau est noire et cendre, disons, cendrée mais recouverte d'étranges tatouages ou peintures, des spirales, des motifs, c'est humain, ou ça ne l'est pas, j'en sais rien, j'ai trop peur. Ses dents, il grogne sur moi et ses dents m'apparaissent, elles sont pointues, pas seulement les canines comme celles d'un vampire, non, toutes ses dents, aiguisées comme des lames de rasoir, des pointes acérés, dégoulinantes de bave. Sa main jaillit vers moi et je sent une douleur cuisante me déchirer la joue, moi qui pensais m'être griffée, ça n'est rien comparé à ça, ses ongles sont immenses, épais et pointus, il recommence et je m'écarte de justesse, mais je suis au sol, effondrée sur le côté, vulnérable...
Un sifflement net et singulier déchire l'air, la seconde d'après la créature hurle comme un dément et part dans une sorte de rodéo en travers du sentier. Sa morphologie est celle d'un homme, mais ses déplacement ceux d'un animal... Il a une flèche fichée dans la nuque, et se débat inutilement pour l'arracher. A l'autre bout du chemin, j'aperçois le chasseur de profil, l'arc tendu dans ses mains, une seconde flèche encochée... La créature reviens vers moi, ses yeux sont ceux d'un fou, injectés de sang, féroces... Je recule sur le dos, écorchant mes mains sur un tapis de ronces derrière moi, pourquoi est-ce qu'il ne tire pas ! Tire ! Tire ! Pitié !!! La créature hurle de douleur, se cambrant en arrière, cherchant toujours à se débarrasser de la flèche plantée dans sa moelle, j'ai une vue imprenable sur sa mâchoire de titan, ses rangés de dents carnassières... Je me tétanise et l'observe en tremblant. Il rampe à moi et je me relève d'un bond, je sent un important buisson de ronces dans mon dos et cherche à contourner la créature au sol. Sa bouche est pleine de sang, il griffe tout autour de lui, ses muscles se contractent et il gémit, je retrousses les narines d'un air dégouté, il est en train de mourir et ne me quitte pas des yeux... Un geyser de sang jaillit de sa gorge dans ma direction, je saute promptement en arrière, pur réflex, pure connerie. Je dévale tel un boulet de canon la pente gravie quelques minutes plus tôt.

J'ai des feuilles partout jusque dans la bouche. C'est dégueulasse ! Je crache et manque de dégueuler, j'ai même bouffé de la terre. Moi qui avait déjà un mal de crâne pas possible, là j'ai touché le jack pot. Ça me lance, mais je réussis par je ne sais quel miracle à me remettre debout, je titubes jusqu'au premier arbre venu et m'y accroche. Moi qui m'inquiétait de ne pas avoir mal tout à l'heure, là je suis servie...
Je me rend compte qu'on dévale la pente derrière moi, et repense à l'espèce de Golum. Je me met alors à courir droit devant moi, à peine vaillante, mais sautant quand même par-dessus les buissons et fonçant à travers les arbres, je cours pour ma vie, et cette fois, je ne commettrais pas l'erreur de m'arrêter ! Mais mon poursuivant est plus rapide, même à l'agonie la salle bestiole gagne du terrain... Putains de bottes ! Je l'entends juste dans mon dos, il est presque silencieux, s'il n'y avait pas toutes ces feuilles mortes... Au dernier moment, je pivote autour d'un tronc que je saisit et fait déraper mes bottes dans l'épaisse couche de feuilles, espérant prendre mon poursuivant à revers et repartir dans l'autre direction. Mais c'est loupé, lui aussi s'est saisit du tronc , mais dans l'autre sens, et il me barre la route.
Je rentre la tête dans les épaules et m'attend à recevoir un coup. Je n'en reçois pas, au risque de le regretter, je sort ma tête de mes épaules et relève le menton. Mon poursuivant n'était pas celui que je croyais, je me trouve en fasse du chasseur, pas de la créature. Autrement dit, face à mon sauveur. Je cligne des yeux et sent mes jambes se dérober, j'ai oublié de respirer, ça tourne... Il s'accroupit près de moi et cherche à croiser mon regard, je me racle la gorge, plus aride qu'un désert, et cherche à reprendre mon souffle.
-C'est quoi cette forêt de fous ? Dis-je entre deux halètements, croisant pour la première fois ses yeux magnifiques. Gris/bleu, mais tirant plus nettement vers le gris, une couleur que je n'avais jamais vue, et une intensité de regard que je ne suis pas prête d'oublier. Il me dévisagea avec une regain de curiosité non dissimulé, sa voix me fit sursauter, grave, mais avec quelque chose de doux au fond, comme son regard... Il réitéra sa question et je me rendit compte que je ne comprenais rien du tout à ce qu'il me disait.
-Pardon ? Croissais-je. Il mit ses yeux juste au niveau des miens et recommença à parler, et de nouveau, je ne comprit rien. C'était clair, ce type ne parlais pas français. Braconnier en situation irrégulière donc...
-Okay, ahem... Stop ! L'interrompis-je alors qu'il s'exprimait toujours de cette même langue inconnue au bataillon, je saisissait bien qu'il s'agissait de questions cependant, mais moi j'en avais une d'autant plus importante : do you speak english ? Il me regarda d'une expression neutre. Do you understand ? Insistais-je. Il parut comprendre mais lorsqu'il parla c'était de nouveau incompréhensible. Après deux ou trois question, il comprit que je n'y entendais rien, et de mon côté, j'avais cru saisir qu'il avait lui aussi changé de langue...
-Okay, on va faire le tour des dialectes alors... Comprendeis español ? Como se llama usted ? De donde somos ? No ? Arf, loupé, pas espagnol non plus. Il attendit que j'eus fini pour prendre le relais, autre langue, autre incompréhension de ma part. Mais c'était sa faute ! Comment peut-on décemment au XXIè siècle ignorer l'anglais ? Surtout quand on est un émigré ! Il enchaina ainsi une demi-douzaine de langues, et à la fin je me contentais de hocher négativement la tête. C'était peine perdue sans l'anglais. Je finis par ne plus écouter, de toute façon s'il venait à sortir un mot susceptible d'être comprit par mon cerveau en bouillie, je le saisirais plus ou moins machinalement.
Enfin il s'avoue vaincu et un silence bienvenu s'installe entre nous. Je frissonne et remonte vivement la fermeture éclair de ma veste, je ne sais pas qu'elle attitude adopter. Ce qui vient de se passer, ce qui se passe... ça me dépasse totalement. Il hésite et tend une main brusque vers mon visage, je me dérobe apeurée, et manque de finir mon roulé boulé de tout à l'heure. Il me rattrape par l'épaule et je saisit sa main avec hargne, je ne veux pas qu'il me touche ! Je veux qu'il s'écarte ! Il n'a aucun respect des distances corporelles, c'est affreux ! Ce... ses yeux me transpercent, sa voix me murmure des choses que je ne comprend pas...
Je devrais commencer à me débattre car ça n'est pas normal ce qu'il fait là, mais au contraire je me calme. Mes muscles se détendent un par un et je me laisse asseoir par ses soins. Je sent une tiédeur en moi, comme la douce chaleur d'un radiateur contre lequel je me serais collée... Sauf que cette chaleur vient me semble t'il, de sa main sur le côté de mon visage... Il observe un instant la griffure de la créature, effleure ma joue du bout des doigts pour en chasser les saletés, puis s'attarde sur mon front. Ça me pique et j'y porte ma main, il chasse mes doigts mais j'ai le temps de toucher le sommet de mon front, et mes doigts en ressortent légèrement rougis... Il dit quelque chose, croise mon regard vide, et esquisse un petit sourire rassurant. Je hoche la tête, c'est pas très grave... Il prend l'une de mes mains dans les siennes et me force à ouvrir la paume. Enfin.. « me force »... A peine à-til effleuré mes doigts recroquevillés que je lui offre ma paume. De nouveau cette douce chaleur qui se répand en moi, de nouveau, j'ai la vague impression que ça vient de lui... Mais je dois dérailler, au mieux je suis en hypothermie et pas lui... Au pire, je suis atteinte.
Mes yeux s'agrandissent alors que je découvre ma paume, déchiquetée, griffée, pissant le sang, pleine d'épines, de terre, de feuilles de... Avec la vue vient la douleur, je vois ma main et elle commence dès lors à me faire mal, plus, j'ai envie de tout arracher, toutes ces énormes épines qui me déchirent... Je veux reprendre ma main, jarter ces saloperies de ma chair, mais d'un regard il me fige. La chaleur m'enveloppe de plus belle, j'ai envie de dormir... Progressivement, je recommence à me sentir bien, en confiance... C'est totalement absurde, mais je n'en ai alors qu'une vague idée... Avec une infinie patience, il commence à me débarrasser de mes piquants, il fait très attention, et je ne sent rien. Je détourne quand même les yeux, car c'est gore. Autour de nous la forêt est plus calme que jamais, elle attend... Comme moi.
Je sursaute au bruit de la manche de son t-shirt qu'il déchire et le regarde avec des yeux ronds. Je n'ai pas remarqué son habit, mais il porte une sorte de t-shirt noir à col en v... ça m'a tout l'air d'être du lin, mais grossier, un truc pas très commun... Je n'ai jamais réussi à déchirer volontairement l'un de mes vêtements, pas faute d'avoir essayer pour mes costumes d'halloween... quand je regarde ses bras, je comprend que je n'avais aucune chance. Il arrache la manche de son t-shirt et me bande la main avec, serrant fort, trop. Mais je ne dis rien. Je regarde mon bandage de guerre et bredouille un timide « merci », qu'il écoute avec attention, mais sans comprendre, bien sûr... N'ayant d'autre moyen d'exercer ma gratitude, je lui souris, espérant qu'il ne l'interprète pas d'une mauvaise façon... Il hoche la tête, il me comprend.
Et maintenant ? Nous nous regardons, nous dévisageons, nous épions... Il m'impressionne. Il est si grand, et... débile de le dire, mais bien plus musclé que le plus musclé des garçons que je connaisse, alias mon ami Olivier... Qui déjà me fait mal sans le vouloir... Alors lui... Mais pourquoi me ferait-il du mal ? Après tout il ma soignée et sauvé la vie... Et tué cette créature vaguement humaine... tué... Je frissonne et le regarde différemment. Il a l'air plus détendu que tout à l'heure, mais j'ai peur malgré tout. Peur parce que je suis seule face à lui, peur parce que objet de toute son attention, peur parce que je sais qu'il se demande ce qu'il va faire de moi.
-Savez-vous comment sortir d'ici ? Hein ? Civilisation ? Vous comprenez ? Na ? Bref, hmmm... Je suis perdue, lost, alone, okay ? Oui, vous pas comprendre, je sais... C'est la merde... Je ne sais pas pourquoi je me met à parler comme ça, la nervosité, le besoin d'entendre quelque chose dans ce silence pesant... Ma voix me semble à peu près assurée cependant, et j'en suis contente, car j'ai les genoux qui tremblent tant il me regarde. Je crois qu'il essaye de saisir ce que je dis, en tout cas c'est sur, il m'écoute très attentivement. Et je me tais, coupée dans mon élan. Il soupire et murmure quelque chose, plus pour lui même que pour moi, même s'il me jette un coup d'½il désabusé par la suite. Je fait une moue navrée, nous sommes royalement incompatibles.
Il se lève, passe les alentours au crible de ses yeux gris, puis tourne les talons et me fait signe de le suivre. Je regarde moi aussi autour de nous, la forêt ne me paraît plus aussi belle après ce qui vient de se passer... Cet espèce de créature planquée dans les buissons... Et s'il y en avais d'autres ? Je me remet vivement debout et cours à la suite du chasseur, je fuis peut-être un danger pour un autre, mais ce danger là à un arc et des flèches ! Arrivée en haut du chemin, je me plie en deux, essoufflée. Bon sang ce qu'il marche vite, et en pleine montée... Je lui jette un coup d'½il et m'aperçois qu'il à reprit la route, trainant le cerf mort derrière lui. Nouvelle nausée... Il passe devant moi et prend la direction que j'ai fuis toute la matinée. J'hésite, mais ais-je vraiment le choix ? Il est ma seule « chance » si je puis dire... Il s'est arrêté, je me redresse surprise. Il m'attend... Je lis le doute sur son visage, lui aussi se demande si je vais venir avec lui. Je pince les lèvres, contemple le cadavre noir et cendre entre nous, et prend ma décision. Je le rattrape en courant et me place du côté opposé au cerf mort. J'enfonce mes mains et mon nez dans ma veste et regarde mes pieds pour le reste du trajet. Qu'est-ce que je fais, qu'est-ce que je fais, qu'est-ce que je fais...


Nous marchons depuis une bonne heure et j'ai vraiment très mal aux pieds. Mais je ne dis rien, je ne vais pas me plaindre à un mec armé... Faudrait être timbrée. Je remarque vaguement que la forêt s'est éclaircie, il y a maintenant du ciel au-dessus de ma tête, la lumière est plus claire et l'air s'est réchauffé. Il ne dois pas être loin de midi, et j'ai faim. Lui, il n'a pas décoché un mot depuis mes soins, il garde les yeux portés loin devant lui, son arc dans la main gauche, les cornes du cerf dans la main droite... Je regarde l'animal qui laisse un sillage derrière nous. C'est le plus gros cerf que j'ai jamais vu, et lui le traine depuis plus d'une heure comme un rien. Gloups ! Un mince filet de sang coule d'une menue blessure au cou, je devine qu'il l'a abattu d'une flèche dans la carotide... Je cesse de regarder derrière moi et ne peut retenir une exclamation de stupeur.
Devant moi, une forteresse monumentale tout droit sortie des temps anciens se dresse jusqu'au ciel. La forêt s'arrête brusquement, coupée net par une fosse sans fond qui semble faire le tour de l'édifice... C'est énorme, dans un état remarquable, et habité ! Je vois des silhouettes en haut des monumentaux remparts, j'entends les bruits d'une civilisation, des voix, des hennissements aussi, c'est peut-être un centre équestre ? Sacrément grand en tout cas ! Mon chasseur s'est engagé sur le pont de bois franchissant les douves, de l'autre côté, la grille d'entrée se lève à son approche. Mes talons résonnent sèchement sur le pont lorsque je m'engage à sa suite. C'est si grand que je ne peux dire si nous sommes sortis de la forêt ou au contraire, en plein c½ur. Nous traversons les remparts de l'intérieur, passant de la lumière à l'ombre, puis de l'ombre à la lumière... Et là, c'est le choc ! On est revenu mille ans en arrière, au temps des chevaliers et des gueux ! C'est impossible ! Totalement déjanté ! Mes jambes continuent à fonctionner dans les pas de mon guide, mais mes yeux se posent partout, jusque derrière moi. C'est une ville, une ville close ! Je vois des maisons, des construction plus hautes que je ne peux qualifier d'immeubles, des sortes de fermes, des tours médiévales, tout ça semble si vieux ! Je croise des hommes en uniforme, en armure, d'autres en guenilles, des enfants crasseux, des femmes en robes moyenâgeuse... Mais où suis-je tombée ? Ils me font penser à... des Amish, ces américains qui vivent à l'écart du progrès, exactement comme ces gens là...
Les rues sont mi-pavées, mi-terreuses selon les endroits. Autant dire que je galère un max à suivre la démarche énergique de l'autre là, avec son cerf mort. Grr... Le pire c'est que personne ne prête trop attention à lui, avec sa grosse bestiole morte sur le pavé. Non, c'est moi la curiosité. D'accord je ne suis pas habillée comme eux, d'accord je dois avoir une sacré tête, d'accord je regarde partout avec des yeux ronds... Mais il y a de quoi ! Je n'aime pas ces gens, ils sont bizarres, les hommes sont bourrus et mal lavés, négligés et tous battis comme des joueurs de rugby, leurs regard appuyés sont pour le moins évocateur... Les femmes sont soit menues, soit énormes, pas de demi-mesure. La plupart vont en robes, chargées de paniers, encombrées d'enfants ou de nourrissons, menant du bétail ou poussant devant elles des sortes d'échoppes itinérantes... Certaines ont l'air plus digne, enfin, façon de parler... Elles portent des pantalons, et des armes... épées, coutelas, arc, fouet même... Je n'aime pas les femmes non plus. Un groupe d'enfant m'encercle et chacun s'empresse de me toucher, de tirer sur mes bras, le bas de ma veste... J'ai souvent vu ça dans les reportages sur les pays pauvres. Je sais que je n'ai rien dans les poches de toute façon, ils peuvent bien essayer de me receler... Ils sont chétif, affreusement sales, et vêtus de loques. Ce sont des enfants des rues comme je n'en ai jamais vu. Même les bandes organisés de roumains qui affluent dans les rues de ma ville à la période de Noël sont plus présentables. Comment ces gens ont-ils pu faire le choix de vivre dans une telle misère ? Pauvres enf...
-Aie ! L'un d'entre eux s'écarte en riant comme un dément après m'avoir pincée la cuisse. Sale gosse... Un deuxième tente de faire de même et j'écarte sa main d'une tape sèche. Non ! Dis-je d'une voix ferme, comme avec le petit môme hyperactif que je garde de temps en temps. Celui-là me regarde d'un air mauvais, et les autres cessent de chahuter. Leurs yeux d'enfants à-demi sauvages me fusillent de toute part, des adultes nous regardent dans la rue, chacun à entendu ce que j'ai dis, chacun m'identifie alors comme étrangère...
Ils vont me sauter dessus d'une seconde à l'autre ces gamins ! Ils m'encerclent, m'interdisent le moindre pas, ils sont une dizaine de tout âge et toute taille... Je ne peux rien faire, les adultes nous ont à l'½il, m'ont à l'½il ! Il est clair que pas un ne lèvera le petit doigts pour moi, ils on plutôt l'air d'attendre avec sadisme... Finalement je préférais la forêt. J'en suis encore à attendre de me faire frapper, ça deviens une habitude, quand l'un des gamins fermant le cercle se carapate avec un petit cris effrayé. Ah ? On se dégonfle ? J'arrête de fusiller le petit meneur des yeux et constate que mon chasseur fond sur nous avec un air pas franchement engageant... Ma gorge se noue, je n'ai pourtant rien fait de mal ! C'est eux ! Les petits morveux suivent mon regard et soudain c'est la débandade, la panique gagne la petite troupe et ils s'éparpillent dans tout les sens, la forte tête qui a essayé de me pincer le premier. Mais le chasseur est déjà sur nous, il le retient pas le col et baisse sur lui des yeux empreints d'une colère froide. Je me mord la lèvre. Le garçonnet bredouille, pigne, déblatère dans leur langue et se jette à ses pieds, implorant. Il n'y a plus un enfant dans la rue, les adultes eux-mêmes semblent moins nombreux, reculés dans les coins sombres... La voix de mon chasseur est glaciale lorsqu'il daigne s'adresser à l'enfant pleurnichant à ses pieds, lequel est secoué de sanglots à chaque mot, j'ai pitié de lui. Il se recroqueville sur sol et je comprend qu'il implore un pardon, murmurant sans relâche le même mot aux sonorités douces. Le chasseur ne répond rien, d'ailleurs il ne le regarde même plus, puisqu'il me regarde moi, m'offrant sa main... Je regarde l'enfant au sol, le regarde lui, regarde du coin de l'½il les spectateurs muets, puis de nouveau lui, son visage est sans expression, mais ses yeux attendent ma réponse... Il est clair que j'enchaine tuile sur tuile... Je me décide à lever ma main vers la sienne, aussitôt il m'attrape le poignet avec force et m'entraine avec lui. Je grimace, c'est bien ce que je pensais, il a encore plus de force qu'Olivier... Le tact en moins.
La rue, bien que large, est sombre. Les bâtisse qui la bordent sont construites de telle manière qu'elles s'élargissent dès le premier étage, masquant peu à peu la lumière du jour. Nous tournons dans la cour de l'une d'elle, au passage je repère la pancarte branlante suspendue au-dessus de la rue. Elle représente une sorte de fouine noire cambrée en arrière... L'écriture sous le dessin délavé ne me dit rien, logique. Langue à part, écriture à part. C'est pas gagné pour se faire comprendre par ici.
On nage en plein moyen-âge. Le cerf mort est là, abandonné dans la petite cour de l'auberge, près d'une porte ouverte qui semble donner sur les cuisines, enfin... un trou à rat d'où s'échappent des odeur de nourriture. Il y a une écurie à-demi pleine en face de nous, et dans un coin un forgeron tape sur une enclume avec un énorme marteau. Comme dans les films... Il est torse nu et c'est un géant, il porte une longue moustache tombante comme dans Astérix, mais je ne trouve pas ça comique, juste... barbare. En y regardant de plus près, ça n'est pas sur l'enclume qu'il tape, mais un fer à cheval chauffé à blanc. Logique. Des poulets picorent dieu sait quoi aux quatre coins de la cour, il y en a beaucoup, et je dois faire attention où je met mes pieds. Le chasseur lui, ne s'en préoccupe pas, et les volatiles courent affolés sur son passage. Il part échanger quelques mots avec le forgeron, qui tourne son gros visage tout rougeaud vers moi et hoche pensivement la tête. Je reste à l'écart, dansant d'un pied sur l'autre. J'en ai vraiment marre d'être debout, j'ai des crampes affreuses dans les genoux et ne cesse de réprimer des bâillements.
Enfin, le chasseur revient vers moi, me fout un vent royal, et passe la petite porte des cuisines. Après un coup d'½il au gros forgeron, je lui cours après, encore... Les cuisines sont aussi miteuses que ce à quoi je m'étais attendue. Dans l'épaisse fumée opaque qui règne entre les rangées de fourneaux, je manque de perdre celui que je suis, et percute une grosse dame qui bloque toute une allée tant elle est large ! Je rebondis contre elle et manque de me retrouver par-terre encore une fois. C'est d'une main de fer qu'elle me retiens, et commence à me brailler dessus comme une vendeuse de poisson. Je tente de me dégager mais ses bras sont comme des jambonneaux, et elle a la force d'Hercule ! Mais c'est quoi ces mutants ! Argh ! Elle saisit de sa grosse main potelée mes joues et rapproche son visage du mien, ça fait un mal de chien ! J'agrippe ses mains et y enfonce mes ongles long de toutes mes forces, j'ai aussi mal qu'elle je suis sure ! L'une de ses mains me lâche, pour se lever haut... Elle va me baffer ! Je lui balance un coup de pied dans le genou et m'accroupis sur le sol juste à temps, sa main frôle mes cheveux et part s'éclater contre un plan de travail en bois massif. Bien fait ! Sans plus attendre, se me relève et fonce entre deux gros gaillard venus porter main forte à la mégère. Je ne peux pas rester dans cette ville, avec ces tarés congénitaux, il faut que je me casse, et vite !
Je cours comme si j'avais le diable au corps, il n'y a plus de fatigue qui tienne. J'entends la grosse dame hurler dans mon dos, et l'effervescence dans les cuisines redouble de force... Inutile de se poser la question, ça devait être : « QU'ON L'ATTRAPE ET QU'ON L'ÉGORGE AU COUTEAU DE BOUCHER !!! ». On retiens mon bras, je riposte d'un coup de coude et retrouve avec étonnement ma liberté, je vois la porte, je vois la lumière... Je vois le forgerons me barrer le passage. Je met tout en ½uvre pour freiner et m'arrête le nez à cinq centimètres de son torse. Burp ! Il pue la sueur. Sa grosse moustache défile devant mes yeux alors qu'il se baisse pour me regarder, il a de petit yeux brillants et un sourire bon enfant. Ce qui me surprend, moi qui voyais en lui un grand méchant... Il a une grosse voix caverneuse qui s'efforce de murmurer alors qu'il relève mon menton du bout de son index gros comme mon poignet, et dégage mes yeux de dessous ma frange sauvage pour mieux les voir. J'entends parler derrière moi, la grosse dame, et une autre voix que je reconnais aussi, puis une main se pose sur mon épaule et le forgeron me remet à mon chasseur. Je veux prendre congé, leur faire comprendre que je ne veux pas rester ici, où de toute façon je fais tout de travers, mais dès que je ressent cette mains sur mon épaule, la chaleur...Mes paupières se ferment, mes jambes deviennent molles, mon c½ur bat plus lentement... Et je me sent glisser dans du coton.





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{Révolution}

Je suis capricieuse, comme un c½ur sans maison,
Je suis sentimentale, mais tu ne me connais pas du tout.
J'ai des attentes, je veux être la seule que tu appelles.
Je veux une conversation, mais tu ne me connais pas du tout.

Accroche toi bien, je suis,
Je suis, une révolution.
Ferme les yeux, je suis, je suis,
Je t'étonne, je suis,
Je suis, une révolution.
Pourquoi dois-je expliquer ?
Qui je suis encore et encore,
Je suis...

Je sais à quoi tu penses, je peux te dire ce que tu attends...
Je pense que tu fais semblant, mais tu ne dupes pas du tout !
Si tu me connaissais par c½ur, tu aurais pris ma photo et l'aurais accrochée à ton mur.

Accroche toi bien, je suis,
Je suis, une révolution !
Ferme les yeux, je suis, je suis,
Je t'étonne, je suis,
Je suis, une révolution !
Pourquoi dois-je expliquer ?
Qui je suis encore et encore,
Je suis...

Je ne savais pas que tu me voulais,
Oh, Comment une fille est-elle supposée le savoir ?
Juste au moment où tu penseras que c'est une tragédie,
Te t'inquiète pas Chéri, j'irais lentement.

Accroche toi bien, je suis,
Je suis, une révolution,
Ferme les yeux, je suis, je suis,
Je t'étonne, je suis,
Je suis, une révolution !
Pourquoi dois-je expliquer ?
Qui je suis encore et encore...


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préveɴυѕ :

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ѕυιтe dαɴѕ 25 coмѕ

# Posté le mardi 27 octobre 2009 18:56

Modifié le vendredi 30 octobre 2009 16:29