■□■□■
♫
Le volume de la télé poussé à fond me réveille. Dans un premier temps, je sursaute, m'aperçois qu'il fait jour, et sent mon c½ur passer la cinquième dans ma poitrine. Merde ! Merde ! Merde ! Je me redresse et me rend compte que je ne suis pas dans mon lit mais à mon bureau, j'arrache une feuille collée à ma joue et me jette en arrière, manquant de basculer sur ma chaise. La pendule de ma chambre annonce 11h20, c'est la cata !
Hystérique, j'ouvre la porte de ma chambre à la volée et me rue dans le couloir, Rachel est en train de jouer au « toutou-youtou » devant la télévision, jusqu'à aujourd'hui j'ignorais qu'elle faisait du fitness. Mais qu'est-ce que j'en ai à foutre ? Je suis en retard !!! Fonçant dans la salle de bain, je prend quand même le temps de lui hurler :
-TU AURAIS PU ME REVEILLER !!! Et claque la porte. La barbe ! Je déteste être à la bourre, ça m'énerve, et quand je suis énervée, il me faut quelqu'un sur qui passer mes nerf, même si c'est ma colloc'. J'ai des lignes tatouées à l'encre sur ma joue et des yeux de panda, grand classique. Je jette mon visage sous le lavabo et l'asperge d'eau froide, brrr ! Je ne me lave plus la figure à l'eau chaude depuis que j'ai lus quelque part que l'eau froide diminue l'apparition des rides, j'ai que dix-neuf ans et alors ? On en reparlera à quarante !
D'un geste vif j'attache mes longs cheveux un peu n'importe comment sur ma tête et m'asperge les yeux de parfum. Je ne sais pas pourquoi, dans la précipitation, ça m'arrive toujours ! Les yeux brulants, je ressort dans le couloir et regagne ma chambre, je garde mes vêtements de la veille, tant pis. Alors que je fourre avec colère mes cours en vrac dans mon sac, Rachel passe la porte de ma chambre en tenue légère, elle me regarde avec des yeux ronds, je la fusille du regard.
-Je ne savais pas que tu étais la... Il fallait te réveiller ? Me demande t'elle avec son habituelle voix de... De je sais pas !
-OUI ! OUIOUIOUIOUI ET ENCORE OUI ! TU SAIS COMBIEN DE NOTES JE PRENDS A L'HEURE ? J'étouffe un cris de rage.
-Où ça ?
-Tu le fais exprès ? Dis-je avec ce fameux « calme avant la tempête ».
-Euh... Hé bien on est samedi, donc je me demande bien de qu'elles notes tu parles... Là, c'est le moment où ma mâchoire se décroche et tombe sur la moquette. J'ai l'air con, et je suis con.
-Samedi ? Répétai-je, essayant de mettre de l'ordre dans mon cerveau.
-Samedi.
-Ah...
-Erreur de timing on va dire. Elle sourit et me tapote gentiment le sommet crâne. Je ne vois que ses boucles blondes que je jalouse en secret. La pression retombe d'un coup.
-Désolée...
-Ça arrive... Faut bien que vous pétiez une durite de temps en temps les juristes, avec tout ce que vous bossez... Son rire la suit dans le couloir et se perd avec le son de la t.v. S'il y a une chose que je hais encore plus que d'être en retard, c'est de me tromper de jour. En plus d'être énervant, c'est humiliant. Avec un soupir exaspéré, je me laisse aller contre mon lit et finit par choir sur la moquette. A l'envers, je vois le fouillis de mon bureau, et me rappelle alors les paroles sur lesquelles je travaillais hier... Je me frappe le front du plat de la main, pas cours aujourd'hui : concert !
D'habitude je quitte l'appartement le vendredi soir après les cours, et en général Rachel va directement de la fac à une quelconque soirée étudiante, voilà pourquoi elle ne s'attendait pas à me voir ce matin, a vrai dire, elle ne s'était même pas aperçue que ma voiture était toujours devant l'immeuble... Quant à mes parents, je fus assez surprise de constater que je n'avais aucun message sur mon répondeur vocal, pas même un sms sur mon portable. Parfois je me dis, que si je disparaissais, personne ne s'en rendrait compte avant un bon bout de temps. Mais après tout je suis majeure et vaccinée, et je vis, je cite : « les plus belles années de ma vie » selon ma prof de droit consti... qu'il m'arrive régulièrement de croiser en boîte... Je suppose que tout le monde s'attend plus ou moins à ce que je découche une nuit sur deux, que je vomisse régulièrement dans ma cage d'escalier et que pour finir je ramène un petit ami percé et tatoué de partout à mes parents. Bon, okay, là je me calque un peu trop sur ma colloc'.
De l'appartement à la maison de mes parents, je n'ai que quarante minutes de voie express, en plus un samedi matin, ça roule bien. Ce qui ne m'empêchera pas d'arriver après le déjeuner... je n'y pense que maintenant et regrette alors de ne pas avoir prit le temps d'avaler quelque chose. C'est tout moi ça, toujours trente-six-miles choses en tête, mais jamais les bonnes... Soudain vannée des kilomètres qui défilent sous mes roues, j'appuie mon coude et ma tête contre la vitre fraiche et monte le son de l'auto-radio. J'écoute le morceau que m'a envoyé Eliot il y a deux jours, c'est lui et Philippe qui composent presque toutes les mélodies du groupe. Kim et Etan étant plutôt axés sur les paroles, les traductions... Kimphee n'écrivait et ne chantait qu'en anglais. Moi qui écrivais bien sur en français, je devais ensuite expliquer dans les détails à quoi je pensais pour telle ou telle phrase, histoire de ne pas dénaturer ma pensée lors du passage à l'anglais, histoire de bien passer pour une romantique ou, au contraire suivant les morceaux, hé bien... Pour une folle, une peste ou encore une allumeuse. C'est au choix, mais j'y peux rien moi si leurs musiques me font tourner la tête !
Je double une R5 avec mamie au volant et prend le large. La route est quasiment déserte à cette heure, les gens sont à table, chez eux, en famille... Finalement je ne suis pas si pressée d'arriver. J'écoute, je pense, je réfléchis aux paroles à poser sur l'instru et espère qu'ils ne me la demanderons pas ce soir, j'aimerais réellement retravailler cette chanson. Eliot m'aide en me donnant les titres pensés sur les musiques, celle-ci s'appelle In Another Life, et je ne me sent pas vraiment dans un autre monde. Je change de morceau.
Mes parents sont propriétaires d'une jolie maison de taille moyenne, située dans un quartier calme et fleuri, que je m'amuse souvent à comparer à Whisteria Lane, le quartier des « Desperates Housewives », tant les voisins sont au fait de vos moindres faits et gestes et les pelouses coupée au millimètre. Après avoir sortit mes affaires du coffre, je débarque enfin dans l'allée de garage et décide au dernier moment de passer par la grande porte. Le seuil à peine franchit, je tends immédiatement l'oreille à l'affut des bruits de la maison. Dans l'air plane encore une odeur de nourriture, mais je crois qu'il n'y a personne, je relève seulement maintenant que la voiture de mes parents n'était pas dans l'allée de garage. Sans me poser plus de question, je monte mes sacs dans ma chambre et file dans le bureau me poser devant l'ordinateur. Là, une série de post-it multicolores m'attendent sur tout le pourtour de l'écran. Je me laisse tomber dans mon fauteuil présidentiel et commence à lire les notes laissées par mes proches.
J'adore mes parents, ils ont su rester jeunes dans leur tête sans pour autant être des fumeurs de marijuana. Du jour où j'ai eu mes quatorze ans, ils ne m'ont plus refusé une seule sortie, ne m'ont plus reproché une seule mauvaise note, ne m'ont plus demander de ranger ma chambre et m'ont distribué de l'argent de poche à chaque fois que j'en réclamait pour sortir. Ils sont exceptionnels sur bien d'autres points, mais c'est dur d'en faire la liste alors que j'emmagasine que ma mère et mon père sont aux courses tandis que mon frère, au foot, m'ordonne de venir le chercher à seize heures. Encore un qui rentrera à pieds.
Je retire un par un le patchwork de post-it, et allume mon vieil ordinateur portable cédé à mon frère. J'ai une tonne de gens à contacter et msn va mettre plusieurs minutes à être opérationnel. D'abord Olivier, l'un de mes meilleurs amis depuis le lycée. Il vient me chercher tout les samedis pour un parcours santé destiné à nous vider la tête, nous retrouver, et accessoirement, à nous maintenir en forme. Ensuite, les filles, Maria, Audrey, Chaly alias Charlène et Elé. Des amis proches, encore sorties de mes années lycées, que je regretterais toujours je crois, le club des cinq, cocktail gagnant pour des sorties toujours hilarantes. Enfin, le groupe, Kimphee, que je suis censée retrouvée pour une rapide répétition, puis quitter pour quelques heures avant le grand soir. Ça y est, rien que d'y penser je ressent le trac du concert à venir... Rhaaa ! Et je me demande qu'elles chanson vont tomber, qui sera là, comment ça va se passer, comment m'habiller, et si je dois éviter le lait de la journée rapport à ma voix qui me servira ce soir, ou même faire attention à ne pas trop parler... Je fait la toupie dans mon fauteuil histoire de me remettre les idées en place.
Ma boite mail est pleine a craquer... En parcourant les messages je me rend compte qu'ils portent tous sur le même sujet. Apparemment Kimphee à fait une campagne de pub fracassante pour ce soir... J'ai tout les anciens de mon lycée qui me demandent si j'en suis. Même ma cousine et ses « bestaaaa » comme elle dit, espèrent me voir. Et à peu près tout les gens de mon age qu'il m'est arrivé de croiser un jour et qui ont piqués mon adresse mail sur mon face book... Dernier mail en liste : Rachel. Cette fois, pas moyens de retenir mon trac. J'ouvre la fenêtre d'Olivier à peine connectée et rédige des mes doigts fébriles :
« Je stress à mort ! Viens me chercher, MAINTENANT ! »
Je n'attend pas sa réponse et retourne dans ma chambre enfiler une tenue de sport. Il ne m'a jamais fait faux bon en trois ans. Je crois que je vais lui demander de venir ce soir, de me conduire plutôt. Le stress avant les concerts est horrible, je tremble, claque des dents, ne peux rien avaler, et suis plutôt dangereuse au volant. De plus, s'il vient, j'aurais un regard dans lequel river le mien sans ambiguïtés, sinon, j'ose à peine regarder la foule, et mes amis me reprochent souvent de les « snober » quand je suis devant mon micro. J'aimerais bien les y voir tient !
Olivier a mon âge, il suit un cursus militaire à quatre-vingt-dix kilomètres de chez moi, et ne rentre qu'un weekend sur deux. Il est grand, athlétique, d'un naturel calme, et toujours souriant. Coupe militaire et peau tannée, gros bras et dégaine de tombeur, il n'empêche que c'est un grand timide aux yeux sombre à qui je n'ai jamais connu de copine. Assise sur le petit muret devant chez moi, je le regarde arriver de la course cadencée destinée à l'endurance qu'on leur impose dans sa base. Il veut être fusiller marin, je crois que son travail consiste à garder les bases de sous-marins nucléaires français... Il n'a que dix-neuf ans et était très fier de m'annoncer début septembre, qu'il avait déjà une arme personnelle. Moi, ça me fait frémir, il est toujours le même, certes, mais quand il m'envoie des photos prises à sa base, de lui et ses amis en uniforme, armés, ou en pose devant des machines de guerre... Je ne peux n'empêcher de le voir différemment. Je ne veux pas qu'il change, moi même, je ne veux pas changer.
-J'ai bien cru que tu t'étais défilée aujourd'hui ! Lance t'il en s'arrêtant devant mes genoux, un sourire radieux aux lèvres. Je lui rend son sourire, il est vrai que habituellement nous courrons le matin puisque j'arrive chez mes parents le vendredi soir.
-Panne de réveil. Ça arrive même au meilleurs. Ajoutais-je avec ironie. Il me lance un rictus équivoque,
-Meilleure de quoi ? Je grimace et lui décoche un coup de poing pas très convaincant dans le biceps. Ouille ! Forcément il éclate de rire et me fait descendre de force de mon perchoir. Allez, en route championne ! Je m'étire vite fait et nous y allons, pour une fois, je n'ai pas besoin de le rappeler à l'ordre, et nous courons au même rythme. Je commence enfin à me détendre...
-Alors, comment ça va la fac ? Me lance t'il avec un regard en coin.
-Et l'armée, comment ça va ? Rétorquais-je, parant sa question assez mal habilement.
-Tu veux pas en parler ? S'étonne t-il, se retournant franchement vers moi. J'hausse les épaules,
-Y'a rien à dire. Ma colloc' est sympa, mais du genre bruyante, hmmm... mes cours intéressants, mais les notions sont si vastes ! Et question horaires... Trente heures par semaines contre dix à quinze pour les histoire de l'art, et autant en travail personnel... Je suis crevée dès le lundi soir. Et on est que début octobre. Râlais-je, manquant de louper la descente du trottoir. J'heurtais l'épaule d'Olivier.
-Pas mal pour quelqu'un qui n'avait rien à dire, plaisante t'il, profitant de mon faux-pas pour passer un bras amical autour de mes épaules et me serrer fort à m'en faire grimacer.
-Doucement grosse brute ! Ils vous donnent quoi à bouffer là-bas à la caserne ?! Il me relâche et m'écarte gentiment de lui, faussement vexé.
-Du lundi au vendredi, sur mon temps libre, c'est : tractions, pompes, abdos, course a pied, foot, corde et plus si j'ai l'occasion. J'ai l'intention de me présenter aux stages commandos de mars prochain...
-Mars ? Coupais-je, les yeux ronds. Mais d'ici là tu sera... bodybuildé ! Il tire la langue et me pousse a droite, dans un petit sentier terreux que j'aurais loupé autrement.
-Je dois bosser dur mon physique, explique t'il, et toi tes méninges ! Il accélère, voilà pourquoi ton excellent coatch perso prend soin de ta forme à ta place ! Et comme je le pressentais, il me sème dans le bois.
Je cours encore un quart d'heure sur la piste sinueuse, puis finit par abandonner. Je zappe complètement les diverses activités physiques qui me sont proposées le long du chemin, même si je ne doute pas qu'Olive les ai faites, lui. L'air est frais, et le vent faut bruisser légèrement les arbres. J'ai chaud, mais j'ai un peu honte de ne pas être en sueur. Ce qui équivaut à dire que je ne me suis pas vraiment dépensée... D'un autre côté, je ne tiens pas à être sur les rotules ce soir. Dilemme, une fois de plus. Je continue donc à marcher, quelque part c'est du sport non ? Bon, okay... sport de fainéants. Je fouille des yeux les bois ensoleillés, des fois qu'Olivier tente un retour par surprise histoire de me faire croire à l'agression... Oui c'est pas drôle, et oui je marche tout le temps. Je suis légèrement parano sur les bords, mes plus grandes peur étant le viol et la mort. Réjouissant.
Finalement, c'est mieux de courir, au moins je peux accélérer brusquement au cas ou un pervers sortirais des bois... Je repars donc d'une bonne foulée, je ne suis pas trouillarde, mais avec tout ce qui se passe en ce moment... Je repense à cette femme enlevée dans le coffre d'une voiture alors qu'elle faisait son footing, j'accélère, je songe à ce fugitif en fuite dont j'ai oublié le nom, qui s'est enfui dans une forêt, j'accélère encore, un gros chien noir surgit des fourrés et se jette dans mes jambes, je tombe.
Mon coude droit amortit le choc mais irradie tout mon bras de douleur, je ne peux retenir ma tête qui part s'écraser contre le sol. Mes yeux se ferment par réflex et l'horrible sensation de tomber dans un gouffre me prend.
-Horus ! Horus ! J'entends le chien courir comme un fou autour de moi, je vois des étoiles et j'ai la tête qui tourne. Je reste immobile. Le gros chien noir, un Terre-Neuve il me semble, pousse des râles joyeux et ne cesse de changer de direction. J'en déduis qu'il ne va pas me mordre et me redresse sur mon coude douloureux. La grosse boule de poils noir se jette contre moi et j'ai bien du mal à accuser le coup. Je le repousse de la main et me relève à genoux, son propriétaire accours vers nous, appelant toujours son chien, lequel me renifle de son gros museau humide. J'aime les chiens, mais je n'aime pas tomber. Je le chasse encore et me relève.
-Désolé ! Tu vas bien ? Panique le gars qui s'approche de moi, un de ces mec qui vivent dans un fourgon et font tout les festivals au vu de sa tenue. Kéffié, sarrouel, dreadlock, et doc martins... A moins que ce ne soit un Jéhovah, avec la chance que j'ai, ça ne m'étonnerais pas. J'empêche « Horus » de me sauter dessus et lui jette un regard noir.
-Il n'est pas méchant, juste un peu fou. Se croit-il obligé de préciser, dénouant sa ceinture pour la passer autour du cou de son chien, qui évidemment, na ni laisse ni collier. Horus ramené à l'ordre, il me souris de ses dents jaunies par la cigarette.
-Sacré chute, hein ?
-Pas mal dans le genre, oui. Finis-je par répondre, gardant un ½il sur le Terre-Neuve. Le mec était si maigre qu'il aurait pu poser pour Toscani, si le chien bondissait, il viendrait avec, c'était clair.
-Alors, rien de cassé ? S'enquit-il, me dévisageant avec plus d'attention. Je me rend compte que j'ai de la terre sur la figure et essaye futilement de m'en débarrasser, mes paumes sont écorchées, et c'est pire. Maintenant j'ai le visage terreux, et sanglant. J'abandonne l'idée d'être présentable.
-Non ça va, plus de peur que de mal comme on dit.
-Je te connais non ? Demande t'il soudain, plissant les yeux comme s'il essayait de se rappeler. Je me met également à le dévisager, piercing à l'arcade, tatouage dans le cou, petit bouc... Non, il ne me dit rien.
-J'ai un visage très banal, c'est pour ça... Maugréais-je en haussant les épaules.
-Bah non pourtant, me contredit-il, me regardant plus intensément encore. Mon ventre se tords, je commence à appréhender la suite. Il n'y a personne en dehors de lui et moi, le sentier est désert, les bois se sont faits silencieux... Il se rapproche d'un pas, je recule.
-Ça y est ! S'exclame t'il tout à coup, me faisant sursauter et mourir de peur en même temps. T'es l'une des chanteuses de ce groupe là... Kimkee ! Putain le con ! L'air pénètre à nouveau dans mes poumons et je recommence à respirer.
-C'est Kimphee, et je ne fais par partit du groupe, c'est juste occasionnel... Il me coupe dans mon explication par une violente claque sur l'épaule. Je me mords la langue sous le coup.
-Ouaiiis ! Sympa l'ambiance de vos concerts, bien bien ! Je couine un timide « merci » et avale ma salive au goût de fer.
-A quand le prochain ?
-Concert ?
-Carrément ! J'ai envie de lui dire que je n'en ai aucune idée mais crains qu'il ne connaisse déjà la réponse. Il y a des affiches placardée un peu partout en ville, le groupe à déjà fait sa pub, étrange qu'il soit passé à côté.
-Ce soir.
-Le bar qui est à l'angle de la rue du château et des quais c'est ça ? Je le regarde fixement, il savait donc pertinemment qu'il y avait un concert ce soir. La paranoïa reprend le dessus et je me demande alors si cette rencontre est vraiment fortuite ou s'il me suivait. Dans le doute, je stoppe net cette conversation.
-Oui, c'est ça. Désolée je dois y aller, bonne fin de balade. J'agite distraitement la main et tourne les talons, m'attendant à je ne sais quel coup foireux.
-D'accord, à ce soir alors ! Me lance t'il joyeusement. Je ne me retourne pas et recommence à courir. Pessimiste et parano, Dylan ma pauvre tu es vraiment dérangée !
Près d'un kilomètre plus loin, toujours pas de trace d'Olivier, je prépare dans ma tête mes reproches et que quitte le sentier près de l'ancienne gare de chemin de fer, rien de plus qu'une ruine d'avant guerre qui se laisse lentement grignoter par le temps. Il y a là un petit ruisseau qui coule à l'ombre des peupliers, quelques mètres en aval du sentier de randonnée. Je prend garde de ne pas glisser sur la pente qui est pourtant douce, car ça m'est déjà arrivé, et m'accroupis ensuite au bord de l'eau claire. Ma tête me lance, et mes paumes picotent. Je lave mes mains et mon visage, puis me passe l'eau fraiche sur la nuque. Le choc était peut-être un peu plus violent que ce que je pensais, j'espère juste que ça passera avant ce soir...
-Je te déconseille de boire, j'ai osé une fois, mes toilettes s'en souviennent ! Je pouffe malgré moi, je reconnaitrais la voix d'Oliver entre milles autres. Ce qui ne va pas l'empêcher de se faire engueuler !
J'ai les grands yeux rieurs de Kim en face de moi, et la moue ironique d'Etan, quelques peu en retrait, me noue la gorge. Derrière moi, Eliot ne fait aucun commentaire, il remet juste la piste à zero. Je ne devrais pas avoir la pression, ils ne me la mettent jamais, mais ça m'énerve de tout foirer, la salle commence à se remplir et moi, moi...
-Il faut que ça te vienne naturellement, Dylan, tu ne devrais même pas avoir à y réfléchir. Me dit gentiment Kim, posant une main chaleureuse sur mon poing crispé. Je chasse une mèche rebelle de mon front et replonge dans ma feuille. Elle est grande, belle, élancée, à une superbe chevelure brune qui cascade sur son dos et ses épaules, et ne fait jamais d'erreur dans les paroles, ELLE ! Mes joues sont en feu mais je parvient à retrouver ma concentration, je chante cette chanson une fois par mois depuis quatre mois, et à chaque fois, je me plante. And I don't give a damn what they say, what they think think... J'oublie un mot, je le rajoute, j'ai un blanc, je vais trop vite, pas assez... Cause I can't wait wait wait any more more more more, Une véritable catastrophe cette chanson. Je ne sais vraiment comment Kim s'y prend, elle ne se trompe jamais, elle. Bien sûr, c'est aussi elle qui l'a écrite, ça aide. J'inspire à fond et me détache de mes notes,
-Okay, on reprend. Kim tape dans ses mains et se redresse sur son tabouret,
-Chouette ! Du début ? Tu te sens d'attaque ? J'ai l'estomac sans-dessus dessous, mais je veut vraiment y arriver.
-Oui, on essaye. Etan approuve du chef et fait signe à Eliot de relancer la bande, dès les premières notes, la pression explose dans mon être. Kim ne retire pas sa main de la mienne, avec un clin d'½il, elle me préviens du départ. Nous nous synchronisons.
-I go ooh ooh, you go ah ah,
lalalalalalalala,
lalalalalalalala,
I wanna, wanna, wanna, get, get, get, what, I want don't stop,
Give me give, give me give, me what you got, got... Je ne pense plus à rien, ma bouche s'articule toute seule, mes mots jaillissent par je ne sais qu'elle magie, je ne vois rien d'autre que les émeraudes amicales de Kim rivées dans mes yeux, ça s'accélère et je suis, nos voix sont comme un écho l'une de l'autre, et je m'applique à rester dans son timbre, on ne doit pas se dissocier, pas encore... Cause I can't wait, wait, wait, any more, more, more, more,
Don't even talk about the consequence,
Cause right now you're the only thing that's making any sense to me,
And I don't give a damn what they say, what they think, think,
Cause you're the only one who's on my mind,
I'll never ever let you leave me,
I'll try to stop time for ever, never... wanna hear you say goodbye, bye, bye, bye...
-Stop ! Tu le tiens ! S'écrie Kim, me serrant dans ses bras avant même l'arrêt de la bande.
-Ah ? Je... J'ai hésité non ?
-A peine ! Démentit-elle, déposant un baiser sur ma joue.
-Oui, tu as hésité. Répond Etan, plus direct. Je croise son regard et m'aperçois qu'il est néanmoins content de moi. Dans mon dos, j'entends Eliot souffler de soulagement.
-T'as plus qu'a garder ce rythme là maintenant la miss !
-Retiens que ya deux règles seulement dans les répétitions, me dit Etan, me remettant les paroles que je connaissais par c½ur sous les yeux, celle de trois avec « wanna » et avec « wait », les autres c'est règle de deux, « get », « give », « got », « think », etc.
-Non, « more » on le dit quatre fois, le charrie Kim, chassant la feuille de devant mon visage. Le plus important c'est le feeling Dylan, il faut que tu sentes la chanson, que tu sache qu'elle ne va pas te lâcher, et que toi non plus tu ne vas pas la lâcher, tu comprends ? Je hochais la tête, n'ayant toujours pas interrompu le défilement de paroles dans ma tête.
-Je vois à peu près ce que tu veux dire, oui. A ce moment là, la porte de la loge s'ouvrit sur Philippe, le quatrième membre du groupe, le guitariste. Je suis bête... Ils étaient trois à jouer de la guitare. Kim, Etan et lui. Quoique, non, il y avait une basse dans le lot, je pense que c'était Etan le bassiste, mais une fois encore mon ignorance en matière d'instrument me mettait une colle.
-Les amis, c'est carton plein ce soir !!! Annonça t'il, rayonnant, Y'a un groupe de petits jeunots qui fait la première partie là, les pauvres, le public ne fait que nous appeler ! Je du blêmir subitement car il m'assura dans la foulée que c'était un gentil public tout calme... Tous éclatèrent de rire et les tentatives pour me rassurer plurent sur moi.
Kim annonça qu'elle allait se changer tandis que Philippe, sur qui reposait toute l'organisation, repartit en coulisse. Moi, j'étais déjà prête. Eliot bidouillait des truc sur son synthé, toujours derrière moi, ce qui avait le don de m'agacer, et Etan était plongé dans la lecture des paroles que je venais de lui envoyer. Ses paisibles yeux bleus passant d'une ligne à l'autre avec une lenteur qui laissait présager l'analyse de mes moindres mots... Je baissais les yeux sur mes genoux et regrettais d'avoir mis des bottes à talons hauts... Combien de fois je m'étais pris les câbles trainants sur scène alors que je ne faisait que me déplacer devant le public. Là, c'était la gamelle assurée au moindre faux-pas. Bien joué Dylan.
-Tu es très bien comme ça. Me dit Etan à mi-voix, interprétant mon air renfrogné pour un mécontentement vestimentaire. Son regard pénétrant me mit le feu aux joues et je bredouillais un arrogant : « Je sais », qui le fit rire. Là, je regrettais d'avoir attaché mes cheveux et était à deux doigts d'en retirer ma pince à fin de pouvoir me cacher derrière mes mèches brunes. Au lieu de ça je refermais mes mains sur mes genoux et détournais la tête. J'avais mi une heure à me préparer, je ne devais toucher à rien ! Le bassiste me lâcha enfin des yeux pour replonger sur ma feuille. Lui et moi avions eu un petit égarement lors d'une soirée trop arrosée... Je me revois encore agrippée à son cou, pendue à ses lèvres... Brrr ! Le lendemain chacun à fait comme si de rien n'était. En fait, il n'y avait pas eu de lendemain, je m'étais réveillée chez une de mes amies, qui m'avais raconté... Je n'avais pas remis les pieds aux répétions pendant près d'un mois après ça. Et il avait fallu que Kim me supplie presque pour que j'y revienne. J'étais idiote, c'était il y a un an. Depuis, notre comportement l'un vis-à-vis de l'autre était un peu bizarre, mais par chance, ça n'avait en rien affecté le groupe, ni nos prestations.
La porte s'ouvrit à la volée et je sursautais sur mon siège.
-En piste ! S'écrièrent Kim et Philippe, euphoriques dans le couloir. Je me mit à trembler comme une feuille et Eliot chercha à me rassurer en passant sa tête par-dessus la mienne, pour me regarder à l'envers comme il le faisait souvent, mais ses longs frisotis blond tombant devant mes yeux me firent quitter mon siège d'un bond, et ma hanche heurta sans ménagement le coin de la table à laquelle était installée Etan.
-C'est sur scène qu'il faut sauter dans tout les sens Dylan, me sourit-il avec compassion. Je le regardais de mes yeux larmoyants et essayais de sourire a mon tour, sans succès. Eliot m'attrapa par les épaules et se fit un devoir de me guider jusqu'à mon micro. Sachant pertinemment que mon cerveau cesserait de fonctionner dès que je poserais le pied sur scène.
_____________________________________
Untouched - {Intacte}
Je m'en vais ooh tu t'en vas ahh ahh
La la la la,
La la la la,
Je peux, la la la la la la,
Je veux, veux,
Veux avoir, avoir,
Ce que je veux, ne t'arrête pas !
Donne moi, donne moi, donne moi ce que tu as, as,
Car je ne peux pas attendre, attendre, attendre, plus, plus, plus,
Ne parle même pas des conséquences,
Car maintenant tu es la seule chose qui a un sens pour moi,
J'en ai rien à foutre de ce qu'ils disent,
Ou de ce qu'ils pensent, pensent !
Car tu es le seul qui es dans mon esprit,
Je ne te laisserai jamais partir,
J'essayerai d'arrêter le temps pour toujours,
Je ne veux jamais t'entendre dire "au revoir"
Je me sens tellement intacte !
Et je te désire tellement,
Que je ne peux même pas te résister !
Ce n'est pas suffisant de dire que tu me manques,
Je me sens tellement intacte maintenant.
J'ai tellement besoin de toi d'une certaine façon,
Je ne peux pas t'oublier.
Je suis devenue folle depuis que je t'ai rencontré...
Intacte !
Et j'ai tellement besoin de toi !
Je te vois,
Te respire,
Je veux être toi !
Ah la la la,
Ah la la la,
Tu peux prendre, prendre, prendre, prendre, prendre ton temps, temps,
Pour vivre, vivre,
Comme tu dois, dois,
Vivre ta vie.
Donne moi, donne moi, donne moi tout de toi, toi !
N'aies pas peur,
De voir à travers la solitude.
J'en veux plus, plus, plus,
Ne pense même pas à ce qui est bien ou mal,
Ou mal ou bien !
Car à la fin ce sera seulement toi et moi,
Et il n'y aura personne autour,
Pour répondre aux questions laissées derrière.
Et toi et moi sommes faits l'un pour l'autre,
Alors même si le monde s'écrase aujourd'hui,
Tu m'auras toujours pour te relever, relever,
Et je ne te laisserai jamais tomber, tomber...
[...]
_____________________________________
préveɴυѕ :
✰
Histoire-fantasteek ✰
Pulsions-and-co ✰
Kervignon ✰
Samediaucheval ✰
xx-s0-splendiide ✰
BlackxDreamѕυιтe dαɴѕ 20 coмѕ